Sur l’un de mes récents posts, un commentateur anonyme avait laissé un poème de Nizzar QABBANI intitulé « Je suis pour le terrorisme ». Pourtant, contrairement à ce que semble suggérer mon commentateur anonyme, je ne suis pas du tout sûr que Nizzar Qabbani ait voulu faire dans son poème l’apologie du terrorisme. Il le justifie tout au plus !
Mon fils pose devant moi sa palette de couleur
Et me demande de lui dessiner un oiseau.
Je plonge le pinceau dans la couleur grise
Et lui dessine un carré
Avec des barreaux et un cadenas.
Mon fils me dit, tout surpris :
Ne sais-tu pas dessiner un oiseau ?
Je lui dis : mon fils, excuse-moi,
Je ne sais plus comment sont faits les oiseaux.
Mon fils pose devant moi ses crayons de couleur
Et me demande de lui dessiner la mer.
Je prends un crayon mine
Et lui dessine un cercle noir.
Mon fils me dit :
Mais c’est un cercle noir, père,
Ne sais-tu pas que la mer est bleue ?
Je luis dis : écoute, mon fils,
Jadis, je savais très bien dessiner les mers,
Mais on m’a confisqué ma canne à pêche,
On m’a pris mon bateau,
On m’a interdit toute relation avec la couleur bleue,
Et avec le poisson de la liberté.
Mon fils pose devant moi son cahier de dessin
Et me demande de lui dessiner un épi de blé.
Je prends un crayon
Et lui dessine un révolver.
Mon fils se moque de mon ignorance
Et me dit, tout étonné :
Ne fais-tu donc pas la différence
Entre un épi de blé et un révolver ?
Je lui réponds : écoute, mon fils,
Je savais jadis comment était fait l’épi de blé,
Comment était la galette de pain,
Comment était la rose,
Mais en ce temps métallique,
Où les arbres de la forêt
Se sont enrôlés dans la milice,
Où la rose est en tenue de léopard,
En ce temps d’épis armés,
D’oiseaux armés, de culture armée,
Je n’achète pas une galette de pain
Sans y trouver un révolver,
Je ne cueille pas une rose dans un bosquet
Sans qu’elle me menace de son arme,
Je ne feuillette pas un livre dans une librairie
Sans qu’il explose entre mes mains.
Mon fils s’assoit sur le bord de mon lit
Et me demande de lui réciter un poème.
Je verse une larme sur l’oreiller.
Il la ramasse et me dit :
Mais c’est une larme, et non pas un poème.
Je luis dis :
Quand tu seras grand
Et que tu liras la somme de la poésie arabe,
Tu sauras que le mot et la larme sont frère et sœur
Et que le poème arabe
N’est qu’une larme qui coule entre les doigts.
Mon fils pose devant moi sa boîte de couleurs
Et me demande de lui dessiner une patrie.
Le pinceau tremble dans ma main
Et je fonds en larme.

Ayant embrassé une carrière de diplomate, aucune chance pour que Nizar soit pour le terrorisme, mais volontiers provoc, comme l’atteste son poème sur le terrorisme qui traduit la rage, et l’injustice absurde, qui mène à l’absurde, mai ni l’un ni l’autre n’est justifiable (injustice et terrorisme)
ceci dit la traduction de ses poèmes leur fait perdre beaucoup de leur magie…
@ Jade
La traduction de tous les poèmes leur fait perdre justement leur “poésie”…
tout dépend comment on fait la traduction. il y’a des métaphores qu’on trouve dans l’arabe et pas en Français, et inversement. j’aime les traductions qui se foutent des mots exacts , mais qui essayent de traduire fidèlement le message l’image et le sens profond du texte.
je trouve que les poèmes arabes sont riches en images et en nuances.
Nizar, que je l’aime!!! assayab aussi… Darwich et samih al qassem…et tous les autres
chut! personne ne le sait, mais à la base, mes poèmes je les écris en arabes dans mon livre de croquis
Nizar pour le terrorisme??? n’importe quoi! juste un peu de rage, un peu de dépit à cause des injustices, et n’oublions pas que Balkiss sa femme a été tuée dans un attentat à une ambassade, donc je ne crois pas qu’il soit pour le terrorisme, il essaye, comme on fait tous, de se l’expliquer, d’en tirer des leçons pour que ça ne se reproduise plus jamais, d’informer à propos des raisons et des causes de ce dérrapement humain.
Désolé pour ce Hors-sujet, tu es tagué sur mon blog.
Prière de ne pas rompre la chaine
@moony
J’adorais Badr Chakir Assayab au collège !
Je sentais chez lui un mélancolie qui me connaissait.
@ Moony
Bien sûr N. Qabbani n’a jamais été pour le terrorisme, mais mon commentateur semblait en être convaincu..C’est pour cela que j’ai été curieux de chercher plus avant …
Pour ce qui est de la traduction de la poésie, j’avoue ne pas apprécier spécialement car il est difficile de rendre la musicalité et le rythme, sans parler de certaines images.
A ce sujet, jette un coup d’oeil sur mon post du 15 aout 2007 où je mettais en ligne les différentes traductions en français du fameux “IF” de Rudyard Kipling…C’est assez intéressant de voir comment le même texte initial peut être rendu, avec plus ou moins de bonheur :
http://www.citoyenhmida.org/?s=Rudyard+KIPLING
ça me rappel un autre grand poète, Amal Dan9al:
أترى إن أفقع عينيك و أثبت مكانهما جوهرتين
أتصالح؟
لا، لا تصالح و إن منحوك الذهب
Merci Mooy pour le lien vers le post “IF”, et à Hmida aussi
assayab, oh mon Dieu, c’est très suave, doux à entendre, il y’a un ver dont je pourrais dire “la plus belle déclaration d’amour” ( je n’ai pas de clavier arabe alors je fais avec):
” 3aynaki rabata nakhil sa3ata assa7ar
aw chourfatani ra7a yan2a 3anhouma al 9amar
3aynaki 7ina tabsoumina
touri9ou al kouroumou…”
sans le clavier arabe, je suis en train de massacrer un des plus beaux vers d’amour
il y’a aussi mon poème préféré ” matar matar matar, ata3lamina ayou 7ouznin yab3athou al matar…”
et si tu nous faisais un petit rappel, avec quelques poèmes de “assayab”?!!!
@ moony
Juste pour info : tu peux avoir le clavier arabe sur le site suivant
http://www.lexilogos.com/clavier/araby.htm
Une fois que tu as tapé ton texte tu fais “copier-coller” ..en principe çà devrait fonctionner …
Pour Assayab je ne te promets rien mais je vais essayer
merci pour le lien t’es un grand
@Hmida, si c’est mon commentaire (en fait, le poème de Nizar) qui t’a poussé à chercher du coté de Nizar, j’en sui ravie
On m’étant le poème en commentaire, je voulais justement exprimer ma rage. J’avais passé mon week end devant la télé regardant les cadavres des enfant palestiniens.
Toutefois, je trouve que les deux poèmes du même esprit
@ tous, merci de nous rappeler tous ces poètes fabuleux
@ l’inconnu
Je t’invite à revenir sur cet espace et à y laisser tous les commentaires que tu voudras quelque soit leur forme …Je suis sûr qu’ils donneront lieu à des débats, des recherches, des découvertes ou des redécouvertes comme à propos de Nizzar Qabbani….
un autre grand calibre de la poésie arabe :
Ahmad Matar :
…لعنتُ كل شاعرْ
يغازلُ الشفاه والأثداء والضفائر
في زمن الكلاب والمخافرْ
ولايرى فوهة بندقيةٍ
حين يرى الشفاه مستجيرهْ!
ولا يرى رمانةً ناسفةً
حين يرى الأثداء مستديرهْ!
ولايرى مشنقةً .. حين يرى الضفيرهْ!
– Joe
Pour les férus de la poésie arabe classique et moderne, un excellent site arabe, un vrai trésor :
http://www.adab.com/
Notamment ce beau poéme d’el Bayati (à Louis Aragon qui lui même écrivit Le Fou d’elsa inspiré par notre Majnoun Laïla):
http://www.adab.com/modules.ph.....38;qid=140
quel plaisir de tomber sur Nizar en découvrant tn blog , je savais que ses écrits résistaient magiquement au temps ,mais c’est la première fois que je tombe sur du Qabbani en français…quand l’idée est d’une certaine profondeur sa beauté transcende les langues !
@ Itri et @ nacer
Un blog doit être en espace d’échange d’idées et d’expériences. Et je suis heureux que l’on ait pu se retrouver ici autour d’une certaine forme de la poésie arabe…
Peut-être y aurait-il d’autres rendez-vous poétiques?
I really liked this post. Can I copy it to my site? Thank you in advance.