Il est assez remarquable de noter que, dans l’histoire de notre pays, les saisons d’été ont souvent été  propices aux événements extrêmement importants. Notamment, le mois d’août ! Remontons loin dans l’histoire. Au seizième siècle  déjà.     

La Bataille des 3 rois : 4 août 1578. « Au point de départ, un événement : une guerre qui présente l’économie d’une tragédie classique. Elle se joue en quelques heures, en une seule bataille, qui s’achève par une victoire éclatante du Maroc sur le Portugal. Trois princes trouvent la mort au cours de l’affrontement. Guerre meurtrière, une des plus sanglante du XVIe siècle, elle marque un tournant décisif dans l’histoire du face-à-face entre islam et chrétienté. On sut partout qu’elle resterait gravée dans les mémoires. » Cet extrait d’un article de Roger Chartier publié dans  « Le Monde » du  25 Décembre 1992 donne un excellent aperçu de cet événement ! Dire que d’année en année, après avoir été honteusement exploitée par le Parti de l’ Istiqlal, le souvenir de cette bataille, son sens et sa portée, semblent se diluer dans les brumes du passé pour ne plus rien  signifier pour nos compatriotes.    Puis trois siècles plus tard, un autre événement moins glorieux mais aussi important.     La Bataille d’Isly : 16 août 1844. Moins glorieuse que la précédente, cette bataille a enregistré la défaite de l’armée du sultan Moulay Abderrahman face à la cavalerie française menée par le maréchal Bugeaud, chargé de poursuivre l’émir Abdelkader, venu se réfugier chez les tribus marocaines des Beni Znassen. Certains malentendus profonds ancrés dans l’imaginaire algérien trouvent leur cause dans cette bataille, car certains algériens – en mal avec leur propre histoire – considèrent comme une trahison des autorités marocaines. En fait, ce 16 août 1844 a montré aux français qu’ils pouvaient envisager la poursuite de leur  installation  en Afrique du Nord.  Quelques jours auparavant, ils avaient bombardé  Tanger et Mogador, sans provoquer de réaction marocaine.    Ensuite, le vingtième siècle.     La déposition  de Mohamed V : le 20 août 1953. Mohamed ben Youssef ne s’est pas révélé l’homme faible et manipulable que croyaient les autorités françaises. Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères déclarait déjà   au Conseil des ministres du 14 mai 1947 : « Cet homme [le sultan], dont le passé jusqu’à maintenant est pénible, est hostile à la France et vient de le manifester. Il faut le remettre dans le creux. » Devant  à l’intransigeance du souverain en ce qui concerne ses relations avec les nationalistes,  et grâce à la complicité agissante de certaines élites féodales marocaines – dont le Glaoui et Kettani – la Résidence Générale à Rabat  a fini par organiser et faire avaliser la destitution et l’exil de Mohamed V  Jean Daniel, que l’on ne peut accuser de connivence avec les marocains ni avec le régime marocaine écrivait  le   7 février 2006 dans  son blog NouvelObs « CARNETS D’ACTUALITE » :  « C’est un fait que la déposition du sultan Mohammed V - que l’on expédie à Madagascar parce qu’il refuse de désavouer l’Istiqlal, parti. En tout cas, en faisant du sultan un martyr, elle assure la pérennité de la dynastie alaouite au-delà de l’indépendance. » Si le 20 août fut le point de départ de la dernière ligne droite de l’histoire du Maroc vers l’indépendance, il ne pas oublier que quelques jours auparavant, le 16 août 1953, les populations de l’oriental – Oujda, Berkane et Tafougahat –  avaient déjà donné le signal du soulèvement nationaliste.   Même notre histoire toute récente  a connu son « Août magnifique ».   La récupération de la province de Oued Addahab : 14 août 1979. Après que la Mauritanie ait décidé le 5 août 1979 de renoncer à la partie nord de l’ancien Sahara Occidental, les forces marocaines occupent  la ville de Dakhla  le 11 août, après une course contre la montre avec les unités du Polisario. La bataille pour Bir Enzarene fut l’aboutissement de ce processus de récupération. Le 14 août, Hassan II reçoit l’allégeance des populations de la capitale des tribus Dlimis,  représentée par une délégation de 360 personnes dont 60 femmes, avec à leur tête le Cadi Ahmed Habib Allah Ould Bouh.  La boucle est ainsi bouclée. Le Maroc est réunifié. Dans les faits !      .   

11 Comments on Nos étés ont souvent été très chauds!

  1. alibaba says:

    Tu oublis :

    Le 24 août 1994 : attentat de l’hôtel Atlas Asni de Marrakech

    Premier attentat à “connotation terroriste” !

  2. alibaba says:

    Voyons hmida !

    Tu as également “occulté” les étés 1971 et 1972 qui ont été particulièrement chauds : Skhirat (71), attaque du boeing royal (1972) !

  3. hmida says:

    @ ali baba

    Je me suis concentré sur les mois d’août et sur les événements qui ont changé ou marqué le Maroc ….Donc le 10 juillet 71 et le 16 aout 72 n’entrent pas dans cette catégorie …Ces événements n’auraient compté que s’ils avaient abouti …..

    J’ai oublié l’attentat de l’hotel Asni ? Mais cet événement compte-t-il dans l’histoire de notre pays, au même titre que ceux que j’ai signalés, je ne crois pas ….Des attentats comme celui-là se produisent par dizaines à travers le monde, de Bali à Istamboul, de Amane à Charm Echeikh, sans changer quoi que soit ….

  4. alibaba says:

    T’as raison hmida !

    Le putsch (manqué) de Skhirat et l’attaque du Boeing Royal (manquée également)….sont des non événements ! Il ne faut surtout pas les introduire dans nos manuels d’histoire !

    Quand à l’attaque de l’Hôtel Asni ….c’est un banal fait divers !

    Tout comme les événements ….de Sidi Ifni du mois d’Août 2008 ! C’était (et c’est toujours) une simple rixe entre des voyous qui n’a heureusement pas dégénéré grâce à la vigilance de nos vaillantes forces de l’ordre ! heureusement, a été dispersé

  5. hmida says:

    @ ali baba

    1/ Un pustch manqué est un putch manqué ….Un F5 qui rate un Boeing est une preuve de l’incompétence du pilote de l’avion de chasse …

    Si tu regrettes de ne pas avoir été gouverné( ce n’est pas le mot juste ..mais bon) par des militaires sous développés, c’est ton droit le plus absolu….mais ces faits figureront dans les livres d’histoire comme de lamentables échecs …..

    2/ L’attaque de l’hotel Asni est une banale affaire terroriste comme le monde en a connu….en connait et ..en connaitra…..Elle a juste enveniné un peu plus les relations avec l’Algérie ..C’est la seule vertu de ce fait divers!

    3/ Les événements de Sidi Ifni …même ceux d’aout 2008 ….ne resteront pas gravés dans l’histoire du pays!

    4/ L’histoire d’un pays n’est pas un ramassis de faits divers plus ou moins médiatisés….

  6. RDB says:

    Et le 3-1 contre le Portugal et le 3-0 contre l’écosse c’étaient pas des moments chauds ceux là? hein?

  7. hmida says:

    @ RDB

    Le 3-1 contre le Portugal oui…..un bel événement …Une place en 8ème d’un Mundial …Ce sera tjs inscrit dans sur les tablettes de la FIFA…Et c’était bien en été …..

    Le 3-0 contre l’Ecosse ..C’était de l’amical ….Perso, je n’en garde aucun souvenir……C’était quand?

  8. alibaba says:

    @ hmida

    En total désaccord avec toi …sur toute la ligne, mais je respecte naturellement ton point de vue sur les événements cités.

    Par ailleurs, je n’ai jamais dit que je regrettais de ne pas avoir été gouverné par ceux que tu qualifies de militaires “sous développés”.

    Du reste tu sembles avoir une opinion …bien “spécifique” sur nos militaires que tu qualifies tantôt d’incompétents tantôt de sous développés !

    Dire que ce sont ces militaires là qui se sont illustrés à BIR ANZARANE en Août 1979 ! Mais c’est vrai que Bir Anzarane ….ne restera pas gravé dans l’histoire de notre pays même si une des principales artères de Casa a été baptisée du nom de cette bataille !

  9. hmida says:

    @ ali baba

    pour ce qui est des putshs, les militaires ont été plutôt mal inspirés, tu ne trouves pas …Deux pustchs, à un an d’intervalles …Sans compter des tentatives mort-nées……..Ce que je ne regrette absolument pas, je dois le reconnaitre en toute honnête…..

    Ce ne sont pas les mêmes militaires qui se sont illustrés à Bir Anzaren en août 1979…..Ceux de Bir Anzaren se soint battus pour leur pays ….Ceux de 1971 et 1972 voulaient le pouvoir …

    Je reconnais que la bataille de Bir Anzaren rsique de se perdre dans les vapeurs opaques des programmes d’histoire du M.E.N….
    Tout comme les événements d’Ifni ont des chances de survivre à leur propre existence…….

    C’est ce qui arrive quand on confond histoire et politique ..

  10. Bonne idée ce billet :)
    La bataille d’Isly tout à fait d’accord avec ce que tu as écrit.

  11. al-Maghribi says:

    Rien à dire sur le choix de Hmida. Il a selectionné des évenements qui d’après lui sont majeurs. Mais on ne peut pas tout mettre. C’est un exrecice difficille, surtout que la mémoire d”une Nation se trouve à la croisée de l’Histoire et la Politique.

    Même les historiens les plus cheveronnés essayent constamment dans leurs travaux de se mettre à distance et d’être moins tributaires des enjeux politiques, idélogiques, nationalistes et identitaires.
    Je me rappelle toujours d’une critique sevère qui m’a été adressée lors d’une soutenance sur le fait que j’ai qualifié les combattants des tribus marocaines contre la colonisation de “valeureux”. On m’a repproché ma “fougue” et ma subjectivité affichée dans un travail académique.

    Bravo Hmida pour ce billet