NOUS SOMMES TOUS MARIES A DES MILITANTES.

Nous avons la chance, nous les marocains, d’être tous mariés à des militantes, et cela sans que nous en ayons très bien conscience.

Etymologiquement, ce vocable de « militant » est lié aux concepts de « lutte » et de « combat » mais également « d’argument ». Et les femmes marocaines sont, de tout temps, des « militantes », dans la mesure où d’une part, elles luttent pour le bien-être de leur noyau familial, d’autre part elles combattent pour leur reconnaissance en tant que femmes et qu’enfin elles argumentent pour faire accepter cette double vocation. Et pour ce faire, elles n’ont pas attendu les conventions internationales ; elles ont même devancé, à certains égards, leurs consoeurs européennes et américaines de l’anecdotique « Mouvement pour la Libération de la Femme ».

Bien évidemment, il se trouvera toujours des esprits grincheux pour ressasser la rengaine au sujet la « condition misérable de la femme au Maroc » !

Et pour ma part, je ne veux pas tomber dans l’angélisme ni dans l’optimiste béat : nos compagnes ne vivent pas dans un paradis idyllique ! Pourtant, même si comparaison n’est pas raison, le nombre de femmes victimes « mortelles » de violences conjugales dans notre pays ne doit pas être de l’ordre de celui observé en France et surtout en Espagne, pays où la liberté de la femme a avancé à pas de géant, entraînant une réaction terrible du machisme bien connu de nos voisins du Nord ! Mais une « seule » femme violentée représente encore et toujours un acte de barbarie sociale inacceptable et inexcusable.

Je ne veux pas me complaire dans le doux sentiment de vivre dans le meilleur des mondes ! Mais force est de constater que malgré la Moudawwa nouvelle version, bien des épouses sont répudiées dans des conditions moyenâgeuses ! On déplore encore des femmes qui se retrouvent en position de seconde ou de troisième épouse, avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qui leur arrive !

Je ne veux pas sombrer dans le rêve fou d’un pays offrant l’égalité parfaite entre l’homme et la femme, dans le domaine du travail, de la politique, de l’éducation, ni même des structures sociales les plus élémentaires. Pas réalisé ni possible, mêmes dans les sociétés soi-disant les plus avancées, cet équilibre parfait l’est pas d’avantage chez nous.

Mais il faut bien reconnaître que malgré toutes les critiques ce que l’on voudra égrener, la situation de la femme marocaine – si elle n’atteint pas l’exemplarité – permet de relever la place de nos chères compagnes dans la vie du pays.

De la paysanne qui travaille dans les champs du lever au coucher du soleil, à la pharmacienne de quartier debout dans son officine toute la journée, servant à la fois de médecin, de conseiller en puériculture, parfois d’infirmière et même de banquière par les crédits qu’elle accorde, de la fonctionnaire écartelée entre son horaire continue et les horaires de son mari et des enfants, de la « policière » qui assure, un jour de fête, avec une fermeté certaine la circulation dans un grand rond-point de la capitale à la vendeuse de pain et de « baghrir » de Bab Al Bouiba, de la conductrice de bus de Casablanca à l’ingénieur lauréate de l’Ecole Mohamadia et qui dirige une équipe de 50 techniciens, de la coiffeuse de la vieille médina qui facture son brushing à 10 DH à la spécialiste de la haute couture traditionnelle dont les caftans sont portés par les grandes stars internationales, de la petite bonne qui trime 15 heures par jour à la parlementaire qui décortique article par article les textes de lois les plus compliqués, de l’institutrice affectée dans un bled perdu à l’astronome chargée par un institut français d’installer un observatoire dans l’Antarctique et qui n’oublie pas d’y planter le drapeau national, la femme marocaine remplit , sans complexe, son rôle d’épouse et de mère et mériterait d’être distinguée par une « Khmissa ».Mais cela ne s’est pas fait sans peine…..

En tout premier lieu, il faut rendre hommage à celles qui, par leurs actions médiatiques et visibles, ont permis de faire avancer les choses. Ces honorables militantes de la cause féminine, gaussées par certains hommes mais surtout craintes par eux, car elles personnifient la cause première de la perte de leur statut ancestral de «chef ».

Bien sûr il faut leur tirer chapeau bas, parce que leur combat a été mené parfois, sinon souvent, au détriment de leur propre vie familiale ! Militantes respectables certes, mais parfois « mauvaises » épouses et mères pas toujours « disponibles » !

Mais il faut surtout rendre hommage à ces femmes anonymes qui ont à leur charge des milliers de famille dont elles constituent le seul élément actif, assurant un revenu aussi faible soit-il.

Il faut rendre hommage à toutes ces dames qui, chaque matin, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse chaud, accompagnent leurs enfants à l’école publique, à pied, et reviennent les chercher à cinq heures, toujours sous la pluie, sous le vent, dans la nuit tombante en décembre. Pendant que les maris sont confortablement installés devant la télévision dans un café.

Il nous faut rendre hommage à toutes ces marocaines qui chacune dans son domaine milite sans bruit, sans ostentation, sans publicité pour faire avancer notre pays !

Il nous faut rendre hommage, chaque jour, chaque instant, à chacune de nos compagnes, chacune de nos femmes, chacune de nos mères, chacune de nos filles, chacune de nos sœurs, chacune de nos collègues, chacune de nos voisines, chacune de nos concitoyennes. Parce que grâce à chacune d’entre elles, chaque marocain a la chance d’avoir dans son environnement immédiat une militante !