Mais où est donc notre gloire d’antan ?
Comme ceux de ma génération qui sommes passés par le lycée français, j’avais appris par cœur, et pour ma part fortement apprécié, la fameuse tirade de Dom Diègue, objet de la scène 4 acte I du « Cid », tragédie de Corneille créée en 1637.
Le vieil hidalgo y boit sa honte face à l’incapacité à défendre lui-même son honneur bafoué par le comte, lui l’homme qui fut durant des années la terreur des champs de batailles. Le comte – vexé dans son amour propre de nouvel arrivant sur la scène des grands – l’a giflé. Dom Diègue, vieux et usé par le temps, n’a pu répondre à cette offense suprême faite à son honneur !
Ce texte a toujours hanté ma mémoire, comme d’autres morceaux du Cid d’ailleurs.
« O rage, ô désespoir, ô vieillisse ennemie N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? »
Ces terribles paroles ont immergé de ma mémoire chaque fois que j’ai été confronté à des problèmes qui me dépassaient.
Pensant au déclin que la nation et la civilisation arabe connaissent depuis un certain temps – je ne veux pas remonter dans l’histoire mais je me contente de regarder ce qui m’entoure – j’ai eu l’idée d’adapter la tirade de Don Diègue à ce que pourrait être le discours la nation arabe face à cette situation.
Que Pierre Corneille me pardonne !
Que les spécialistes du théâtre classique français excusent cette “impertinence”, mais il fallait qu’un jour cette tirade me serve à évacuer mon indignation, ma colère et aussi ma révolte!
Que mes lecteurs arabes n’y voient aucune offense – je sais que notre susceptibilité est à fleur de peau en ces temps difficles – mais il est bon parfois de se dire la vérité à soit même!
O rage ! O désespoir ! O impuissance ennemie !
Les arabes n’ont tant vécu que pour cette infamie ?
N’ont-ils blanchi dans les travaux de l’esprit
Que pour voir en un siècle se faner leurs écrits ?
Leur esprit qu’avec respect l’Europe a admiré
Leur science, qui tant de fois sauva l’humanité
Tant de fois affermi le trône de la raison,
Trahissent leur cause et leur font défection.
O cruel souvenir de leur faste passé !
Œuvre de cent siècles en cent ans effacée !
Situation fatale qu’en ce siècle ils connaissent !
Piédestal élevé qu’aujourd’hui ils délaissent !
Faut-il dans l’éclat d’autrui voir leur splendeur flétrie,
Mourir sans réaction ou pire, vivre dans le mépris ?
Occident, sois du monde à présent gouverneur !
Ce haut rang n’admet point une nation sans leader.
Et l’orgueil futile de la Oumma blessé,
Malgré le choix du monde, n’a su la relancer !
Et toi, Esprit d’Avicenne, de leur éclat passé témoin avisé,
Mais de leur histoire récente spectateur désabusé,
Toi, Esprit d’Ibn Khaldoun, qui dans cette nouvelle guerre,
Leur sert de refuge, et non pas de repère,
Allez, quittez désormais la dernière des nations,
Passez, pour revivre, à de nouvelles générations
