La question que je pose peut paraitre saugrenue?
Peut-on sans plaisanter établir un lien entre la philosophie, activité sérieuse, et un match de football, aussi important soit-il, comme la finale de la Coupe du Monde de football jouée le 9 juillet 2006 sur la pelouse du Stade Olympique de Berlin entre les équipes de France et d’Italie?
Mathias ROUX, professeur de philosophie dans un lycée, a tenté, et surtout réussi, de trouver ce lien en associant à la philosophie chacune des dimensions du football dans un essai intitulé “SOCRATE EN CRAMPONS, une introduction sportive à la philosophie” paru en avril 2010 chez FLAMMARION.
Depuis les moments précédant le coup coup d’envoi jusqu’au coup de sifflet final et l’instant magique du sacre, l’auteur décortique la finale en question à l’aune des grands principes philosophiques.
Dès la première minute, il nous plonge dans le stade bondé, image de la société.
Le fameux pénalty octroyé à la France à la 7ème minute et transformée par Zidane lui donne l’occasion d’aborder le problème de la perception et celui de la liberté : rappelons-nous que ce pénalty avait paru à l’époque sévère et que Zidane avait osé une “palenka” pour le marquer.
A travers le déroulement du match, Mathias Roux, en pédagogue confirmé, nous parle du travail, du désir, de la conscience, de l’art, du langage.
Cette finale avait été marquée, souvenez-vous, par l’incompréhensible geste de Zizou, ce coup de boule qui envoya Materrazi au tapis et Zidane aux vestiaires : ce triste épisode donne l’occasion à Mathias ROUX de nous parler de la justice et du droit, puis de la morale et le devoir.
Le livre se termine par le rappel de la désopilante parodie des Monty Python d’un improbable match de de football, arbitré par Conficius, opposant les équipes des philosophes grecs menés par Platon, Aristote et Socrate et des philosophes allemands encadrés par Kant, Hegel et Shopenhauer.
Cet petit ouvrage, qui a reçu le Prix de l’essai de l’EXPRESS, mérite qu’on s’y arrête : après l’avoir feuilleté, vous ne regarderez plus un match de football avec les mêmes yeux.
Je tiens à préciser qu’avant d’écrire ce billet, j’ai recoupé l’information parue dans divers médias nationaux : je l’ai fait parce que l’événement, tout personnel qu’il soit, traduit le profond malaise qui caractérise le champ politique national.
Il y a une année un jeune homme très photogénique, très télégénique, très “médiagénique” en somme, apparaissait comme le créateur, disons plutôt pour éviter les polémiques, l’un des créateurs du “Mouvement du 20 Février”.
Ce jeune homme au prénom prédestiné apparaissait comme le révolutionnaire nouvelle version d’un Maroc nouveau!
Il a jeté à la poubelle les idéologies, les grandes théories politiques: notre jeune héros voulait mettre le Maroc dans le droit chemin, en exigeant la mise à plat de toutes les structures politiques du pays, renvoyant chez eux parlementaires, ministres et chefs de partis.
Ne revenons sur ces fumisteries, car notre jeune homme est par ailleurs plein de ressources et de dynamisme!
Souvent en première ligne, il a sa photo sur les journaux : il est blessé, il est bousculé par la police, il harangue les foules lors des manifs dominicales, il est invité sur les plateaux télés et même à l’étranger!
Il faut rappeler que Oussama a un combat prioritaire à mener : faire dégager Himma et Majidi.
C’est un combat comme un autre après tout, surtout quand on ne possède pas de base idéologique. Mais ce combat aurait pu être mené de plusieurs façons, dont la plus logique serait qu’il soit mené par la voie légale et à travers un parti politique.
Si Oussama EL KHLIFFI, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avec ses camarades, ses mentors et ses sponsors avait créé un parti politique, j’aurai applaudi des deux mains.
S’il avait mené son action dans le cadre d’un parti déjà existant, le P.S.U. par exemple qui lui prêté main forte, cela aurait fait de lui un homme politique d’avenir!
S’il s’était contenté de fourbir ses armes politiques au sein d’un mouvement de jeunesse, comme il a tenté de le faire avec la Chabiba Al Ittihadia, cela représentait le commencement de la sagesse politique.
Mais que notre beau gosse national intègre le P.A.M., le parti créé par Fouad Ali El Himma, celui même dont Oussama exigeait qu’il “dégage”, non! Et mille fois, non!
Je n’ai rien contre le P.A.M., sauf que je trouve que sa création a ajouté la confusion à la confusion qui régnait déjà dans le champ politique, national.
Mais que Oussama El Khliffi intègre ce parti relève selon moi soit de la plus haute rigolade soit de la plus minable manoeuvre, ou pire de la plus infâme escroquerie.
Nous connaissions la transhumance des parlementaires : la nouvelle constitution l’a interdite et nous nous partons mieux. Dommage que la commission Manouni n’ait pensé à la transhumance des vendeurs de rêves et à son interdiction.
Certains peuvent considérer ce ralliement comme un non-événement. On peut aussi le signe que le “Mouvement du 20 février” ne méritait pas la “bienveillance” avec laquelle d’autres le regardaient.
P.S. : si cette information était formellement démentie, j’en serai heureux. Pas pour Oussama, je m’en balance. Pas pour le P.A.M., ils sont assez grands pour accepter qui ils veulent. Mais pour les dizaines de jeunes marocains qui ont cru en Oussama et qui ne méritent pas d’être bernés.
Il a commencé par tuer de sang froid un militaire français, il a continué en abattant deux autres parachutistes, il a fini par tirer à bout touchant sur un enseignant, ses deux enfants et une petite fille. Sept morts sans compter les blessés.
Les victimes n’avaient rien de commun en apparence! Français, oui, mais français de la diversité : antillais, maghrébin, juifs!
L’extrême droite était donc le collimateur, tout naturellement!
Puis l’enquête bascule : le suspect serait d’origine algérienne!
L’étau se resserre : le présumé coupable est musulman, petit délinquant devenu salafiste convaincu et djihadiste actif. Ayant eu maille à partir avec la justice française, il aurait effectué des séjours au Pakistan et en Afghanistan. L’armée et la légion étrangère l’auraient refusé à cause de ses antécédents. A écouter les journalistes, on se demande comment il a pu avoir une vie aussi dense, alors qu’il a à peine 24 ans! Les photos parues dans les médias français montrent un jeune homme apparemment sans souci.
L’enquête finit par le localiser, les experts tentent maladroitement d’en dresser le profil : délinquant, salafiste, djihadiste.
Il est assiégé, il négocie durant plus de trente heures et finit par mourir les armes à la main.
La séquence est finie et on peut se poser des questions.
Pourquoi Mohmaed Merah s’est-il lancé dans cet enfer?
Quelles étaient ses motivations?
Quels étaient ses intérêts?
A-t-il agi seul?
Qui profitera finalement de ces drames en cascades?
Pourquoi cet épilogue mortel alors que des moyens techniques sophistiqués auraient dû ou auraient pu être employés par le capturer vivant dans ce rez-de-chaussée?
Quelles seront les conséquences de ces événements sur les situations des musulmans de France et les musulmans français?
Mohamed Merah a tué, il a été tué!
Tous les “mohamed” de France seront montrés du doigt, malgré les déclarations lénifiantes des dirigeants politiques et communautaires. Ils seront montrés du doigt par ceux-là même que l’on soupçonnait plus ou moins ouvertement d’avoir fomenté ces tragiques événements.
Mohamed Merah voulait, parait-il, venger les enfants palestiniens! Il ne supportait pas les interventions de l’armée française à l’étranger!
Pour cela, Mohamed Merah a tué et il a été tué : mais, il semblerait bien qu’il ait tué et qu’il soit mort en fait pour rien!
On ne présente pas Bernard PIVOT à ceux qui s’intéressent à la télévision française et aux écrivains occidentaux. Il a animé depuis le début des années 1970 des émissions littéraires qui avaient connu un très grand succès.
Les personnes de ma génération se souviennent de ces soirées relayées à l’époque par TV5.
Durant ses 724 numéros de “APOSTROPHES” en direct, Il a reçu sur ses plateaux tout ce monde littéraire occidental comptait à l’époque. A titre d’exemple, on peut retenir Marguerite Duras, Claude Lévi-Strauss, Alexandre Soljenitsyne, Georges Simenon, Vladimir Nabokov, Marguerite Yourcenar, Jules Roy, le Dalaï Lama, Arthur Miller, Albert Cohen, John Le Carré, Françoise Dolto ou Henry Kessinger.
Pour les 407 émissions “BOUILLON DE CULTURE“, il a invité des personnalités moins connues, mais qui appartenaient à des domaines intellectuels plus variée, comme le cinéma, du théâtre ou de la peinture.
Dans “DOUBLE JE“, Bernard Pivot a reçu, durant trois saisons, des personnalités du monde des arts et des lettres de nationalité ou d’origine étrangère qui avaient opéré le choix de s’exprimer ou de vivre en Français et de défendre la culture française.
De toutes ces rencontres, est né le dernier livre écrit par Bernard Pivot. Au lieu de nous offrir une autobiographie ou des mémoires, le présentateur de télévision connu dans le monde entier grâce au relais de TV5, a préféré nous présentés “LES MOTS DE MA VIE’, publié en 2011 par les éditions Albin Michel.
Malgré son implication depuis plus de trente ans dans le monde littéraire et malgré la publication d’une quinzaine ‘ouvrages – entre romans, essais et autres dictionnaires – et malgré son élection depuis 2004 au jury de l’Académie Goncourt, Bernard ne se considère et n’est pas considéré comme un écrivain.
C’est ce qui fait tout l’intérêt de son opus.
Au lieu de nous présenter une autobiographie; qui aurait courir le risque de reprendre ce que nous connaissions déjà de cet homme qui fut avant tout un animateur d’émissions télévisuelles littéraires, Bernard Pivot nous promène à travers sa vie par l’entremise de “mots autobiographiques, mots intimes…..ces mots qui forment un dictionnaire très personnel”.
En feuilletant ce livre, nous entrons dans l’intimité de Bernard Pivot, mais voyeurisme de notre part et sans étalage indécent de la sienne : on découvre la face cachée de l’homme public dans les articles “Ame”, “Amour”, “Baisers’, “Mélancolie”, “Vieillir”, etc.
A travers d’autres mots, comme “Ecrivain”, “Lecture”, “Trac”, “Notoriété”, l’auteur revient sur ses rencontres avec les écrivains de son époque et sur la manière d’exercer son délicat métier.
Au mot “Questionnaire”, il répond au questionnaire qu’il proposait lui-même à ses invités pour mieux en cerner la personnalité. Essayez, ami lecteur, de donner une réponse aux 10 interrogoations proposées par Bernard Pivot. Je suiis sûr que vous vous connaitrez mieux après ce petit jeu intime :
- Votre mot préféré ?
- Le mot que vous détestez ?
- Votre drogue favorite ?
- Le son, le bruit que vous aimez ?
- Le son, le bruit que vous détestez ?
- Votre juron, gros mot ou blasphème favori ?
- Un homme ou une femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?
- Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
- La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ?
- Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?
D’autres mots aussi concrets que “Triporteur” ou “Museau”, ou aussi rares que “Yeuse” ou “Affiquet”, ou encore aussi triviaux que “zut” ou inattendus chez quelqu’un comme Pivot comme “rock’n roll”, nous promènent dans les dédales de la vie de l’auteur qui reconnait “avoir vagabondé dans le vocabulaire avant de se promener dans la littérature”.
Je vous conseille donc de le suivre, en feuilletant ce pavé de 350 pages, au gré de votre propre rêverie.
Bonne lecture.
La mort brutale d’une jeune femme est toujours bouleversante.
La mort de Amina l’est encore plus, parce qu’elle aurait pu être évitée.
Ce suicide annoncé n’est que la conséquence d’une accumulation de faits, ni plus courants ni moins rares dans la société marocaine. En d’autres circonstances, la victime aurait continué à subir son calvaire, comme des dizaines, des centaines, des milliers d’autres.
Amina a préféré la mort parce qu’elle n’a pas pu supporter de vivre avec un homme qui l’a humiliée, à cause d’une famille qui l’a abandonnée et par la faute d’une justice qui l’a sacrifiée.
La mort de Amina a provoqué la juste colère de la société civile marocaine mais aussi des réactions parfois sans aucun rapport avec la réalité des faits : certains ont parlé de viol avec la complicité de l’état!
La mort de Amina est inacceptable, mais elle ne doit pas servir à mener des faux combats.
Amina est morte et pour honorer sa mémoire, il nous faut démonter le tragique processus qui a entrainé son geste désespéré et tenter de trouver les moyens pour que ce processus fatal ne soit pas enclenché ailleurs.
Que nos familles, même les plus traditionalistes, même les plus démunies, acceptent d’ouvrir leurs yeux et leurs coeurs face au drame que peuvent connaitre leurs filles!
Que nos hommes, les plus machos, les plus influents, sachent que le temps où la femme était marginalisée est fini et bien fini!
Que nos juges comprennent enfin que le rôle n’est pas de se débarrasser des affaires encombrantes, en prenant des décisions à la va-vite, mais qu’ils doivent “rendre la justice” : c’est à dire donner à chacun le droit que la loi lui garantit.
La mort de Amina n’aura de sens que si elle ouvre la voie à la réflexion de tous et de toutes sur notre manière de concevoir le vivre-ensemble, dans l’égalité entre les hommes et les femmes.
Juristes, politiciens, sociologues, juges, avocats, acteurs de la société civile doivent contribuer à cette réflexion qui doit dépasser la simple exigence de l’abolition de l’article 475 du code pénal ou celle de l’article 20 du code de la famille.
Je ne suis pas un grand admirateur des journaux et des journalistes marocains!
En effet, j’estime que dans ce métier noble et difficile, pratiqué dans des circonstances souvent difficiles, certains noms ont réussi à briller pour des raisons souvent bien étrangères au bon exercice de la profession.
Pourtant, j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de lire avec intérêt et plaisir les chroniques de Mokhtar LAGHZIOUI, publiées en dernière page dans AL AHDAT AL MAGHRIBIYA, sous le titre FI AL WAJIHA.
Ce journaliste écrit dans une langue arabe fluide et accessible, mais qui ne cède jamais à la facilité. Son style reste limpide, bien qu’il ‘utilise accessoirement la “darija”, dont certains se servent car elle présuppose un coté populaire et favorise certains écarts.
Les sujets qu’il aborde dans ses chroniques quotidiennes touchent toujours l’actualité d’une manière très journalistique mais il ne laisse pas par dépasser par l’avalanche des informations : il arrive chaque fois à opérer un choix pertinent dans les événements qu’il se propose de commenter.
La manière dont sont construits les billets de Mokhtar Laghzioui mérite d’être signalée ; les textes sont structurés, suivent un plan bien précis, preuve d’un esprit clair sinon cartésien de l’auteur et d’un respect certain de ses lecteurs.
En tant que chroniquer, Mokhtar Laghzioui n’a pas une préférence particulière pour les sujets choisis. S’il ne tire pas pas sur tout ce qui bouge, comme le font d’autres de ses confrères, il n’en réussit pas moins à intéresser le lecteur.
J’ai sélectionné quelques unes ses chroniques parues ces derniers temps : le choix est tout à fait aléatoire et ne tient compte d’aucun critère particulier. Mon intention vise juste à présenter ce journaliste, par ailleurs polyvalent par je crois qu’il collabore aussi à une radio privée à Casablanca et qu’il a rédigé une biographie de feu Abdenabi Jirari, l’auteur-compositeur découvreur de nouveaux talents.
- “40 millions de sélectionneurs” paru le 2 février 2012, où il aborde les déboires de l’équipe nationale de foot ball.
- “Notre presse nous ressemble“ paru le 19 novembre 2011 et “Je ne suis pas journaliste” paru le 5 décembre 2011 où il fustige le manque de sérieux et de professionnalisme de certains de nos journalistes.
- Dans “Viande bon marché” du 24 janvier, il parle de l’intervention de supposées milices qui contrôleraient le comportement moral de la population dans certaines localités de l’Atlas.
- Le 2 mars dernier, il dénonce dans “Festivals et prostituées” les attaques portées par les islamistes contre les festivals de musique, au nom d’une prétendue morale;
- “Retour d’Al Jazera” en date du 23 février 2012 s’intéresse aux conditions dans lesquelles le chroniqueur envisage la réouverture du bureau de la chaïne qatarie.
- La politique intérieure n’est pas négligée par Laghzaoui : “20 février et la démocratie” du 30 novembre 2011, “Que veulent les adlistes,” du 17 janvier 2012;
- “Je vais t’arranger la situation” du 26 novembre 2011, il soulève la problématique des élections et des magouilles qui les entourent.
Parfois, ces écrits lui attirent la foudre de quelques milieux, de quelque bords fussent-ils. Ce qui prouve que Mokhtar Laghzioui s’autorise une grande liberté comme tout chroniqueur qui se respecte.
P.S. : pour rester dans le style de Mokhtar Laghzaoui, il faut rappeler que ses chroniques sont suivies d’une “Remarque sans rapport avec ce qui précède” dans laquelle le journaliste lance une pique, le plus souvent bien ciblée!






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