Féminisme musulman? Non, mais ISLAMISTE sûrement!
Avant de me poser des questions sur un hypothétique féminisme musulman, j’ai voulu d’abord me documenter sur le féminisme en général, dans la conception admise dans les pays occidentaux où ce mouvement a vu le jour.
Historiquement, trois grandes préoccupations semblent avoir guidé l’action et la réflexion des tenants du féminisme :
1/ le droit à l’éduction au même titre que les hommes. 2/ la participation à la vie civique (droit de vote, droit à l’éligibilité). 3/ la maîtrise de leur propre corps (droit à l’avortement, droit à la contraception).
Si l’on observe les sociétés occidentales, il parait superflu de se demander si les objectifs des féministes ont été atteints. On peut même relever que le mouvement féministe y enregistre depuis quelques années un essoufflement certain par manque de motivation et de mobilisation.
Alors qu’en est-il des féministes musulmanes ?
Après une longue ballade que j’espérais instructive sur les sites féministes islamistes, j’ai été relativement déçu par je que j’ai découvert.
En effet, à longueur de sites, les mêmes thèmes reviennent, mais sous la stricte vision islamiste la plus réductrice :
• Mariage et tout ce qui tourne autour du mariage (âge du mariage, divorce/répudiation, garde des enfants) • Héritage • Mixité dans les écoles lycées et universités, dans les lieux de travail, dans les transports en commun • Droit au travail • Droit à disposer de ses biens. • Revendication du port du voile comme l’expression ultime de la liberté des musulmanes.
Le droit à l’éducation et les droits civiques des femmes ne sont abordés que dans un contexte socioreligieux tel qu’il est pratiquement impossible de reconnaître s’il s’agit de défendre les droits des femmes ou bien de les limiter, à défaut de les renier.
Il est bien entendu inconcevable que les questions relatives à la maîtrise de leur propres corps par les femmes soient même effleurées.
Par contre le problème du port du voile est l’un des chevaux de bataille que les féministes islamiques de tout bord enfourchent pour prôner le libre arbitre de la femme musulmane et justifier leur approche rétrograde du problème.
Nous sommes loin des préoccupations traditionnelles des féministes occidentales.
En fait, je crois que la notion de « féminisme musulman » n’est pas encore clairement conceptualisée tant que les penseurs musulmans en sont encore à se poser des questions sur le rôle de la femme dans la société et sur son statut.
Ainsi, Tarik Ramadan affirme que : «l’éducation islamique en Occident ne serait pas complète sans une réflexion sur le statut de la femme dans les communautés musulmanes et le rôle qui leur est dévolu. »
On peut retenir de cette assertion que M. Ramadan, grand penseur moderne de l’islam européen, considère que la femme musulmane ne peut jouer que le rôle qui lui est fixé sous le statut qui lui est dévolu, ce qui suppose une passivité totale de la population féminine. En effet, quelle autorité sera en charge de fixer ce rôle et de définir ce statut. En tout cas, ce ne seront pas apparemment pas les femmes.
Par ailleurs, il faut relever la manière extraordinairement alambiquée dont les « défenseurs » de la femme musulmane s’y prennent pour aborder et présenter le problème. A ce titre, je propose à votre appréciation cette phrase suivante tirée d’une intervention de Tarik Ramadan :
« Si, comme nous l’avons expliqué, le principe d’intégration permet de considérer comme islamique tout ce qui ne s’oppose pas à l’islam, il est néanmoins erroné et méthodologiquement incorrect de confondre a posteriori le principe islamique avec la façon dont une culture donnée l’a habillé ». Son aphorisme sur le voile : « il est une obligation, mais ne peut pas faire l’objet d’une contrainte » témoigne de cet intégrisme à peine dissimulé par un masque de tolérance, ainsi que le note Caroline Fourest en précisent qu’il met en évidence « un cheval de Troie rhétorique, savamment élaboré pour troubler et finalement vaincre les résistances ». Cette maîtrise de la rhétorique permet aux tenants du féminisme islamique d’avancer la chose et son contraire, sans avoir à ses justifier du pont de vue de la raison. Pour eux, seul le verbe prime.
A une question de Hanifa Cherifi qui lui demandait de préciser ce qu’il entendait par « féminisme islamique », le même Tarik Ramadan s’est tiré d’affaire en citant Christine Delphy, militante virulente du Mouvement de Libération de la Femme : « Je suis d’accord avec Christine Delphy lorsqu’elle dit que le féminisme passera par l’islam ». Mais Tariq Ramadan tient un tout autre discours dès lors qu’il est devant un public islamiste, qu’il incite à inventer un « féminisme islamique » pour s’opposer au féminisme occidental, c’est-à-dire au MLF au sein duquel a milité justement Christine Delphy à laquelle il se réfère quand cela consolide sa démonstration.
D’un autre côté, comment peut-on avancer sur le terrain du féminisme quand on base la philosophie de son action sur la haine et le mépris des femmes. En effet, la question de la libération et de l’égalité des femmes est la seule sur laquelle le mouvement islamique toutes tendances confondues n’est pas prêt du tout à faire de compromis. Tous les courants islamistes, quelque soit leur orientation sur les autres centres d’intérêt, s’accordent sur le refus de considérer la femme autrement que comme soumise à l’homme.
A titre d’exemple, tous rejettent la démocratie mais veulent en jouer pour arriver au pouvoir. Dans leur majorité, ils détestent les sports en tant que valeur occidentale mais s’e servent pour encadrer leurs troupes. Mais aucun de ces courants ne cède sur le fait que le statut accordé aux femmes dans l’Islam est le plus correct et le meilleur à condition “qu’elles sachent se tenir à leur place » ni sur l’obligation pour elles de porter le voile. Le voile représente en effet pour eux la phase première de leur pouvoir sur la femme. Rappelons-nous le premier slogan des militants du Hizboulah pour embrigader leurs sœurs palestiniennes : « Mon sang pour ton hijab ! ». Vaste supercherie ! Pour les intégristes musulmans, toute tentative de libérer les femmes du carcan dans lequel elles sont maintenues depuis des siècles constitue l’ennemi central, parce que toute la société patriarcale, dont l’intégrisme est l’axe, repose sur l’oppression des femmes. Cependant, avant même la résurgence des courants intégristes, les sociétés musulmanes ont toujours entretenu un imaginaire populaire dans lequel « il y aurait des femmes musulmanes mais la femme musulmane n’existerait pas ». Cette fiction a permis aux hommes de manipuler les textes et les usages de telle sorte à faire apparaître certains manquements au droit de la femme comme étant une protection pour elle. Pour certains, la polygamie représenterait une forme de protection de la femme seule face au danger d’une société de prédateurs. Pour d’autres, la répudiation connaîtrait des limites très strictes dans l’exigence d’une dot substantielle. Mais la réalité des faits est là….. L’histoire récente de la femme à travers tous les pays musulmans nous révèle le même constat : la radicalisation du mouvement islamiste anti-féministe apparaît comme le corollaire de l’émancipation de la femme depuis le depuis du XXème siècle.
A peine sept décennies se sont déroulées entre 1923, où Hoda Cheraoui et ses amies, cheveux au vent, étaient accueillies triomphalement au Caire après leur retour du Congrès féministe mondial de Rome et 1993, année où Naoual El Saadaoui, écrivaine féministe égyptienne se trouve menacée de mort pour avoir refusée de porter le voile.
Pourtant, entre ces deux dates, la charia avait cessé d’être la référence essentielle dans le droit positif dans la majorité des pays arabes. Les femmes avaient entamé leur participation à la vie politico-économique de leur pays. Les états dans les années qui ont suivi les indépendances avaient opté pour le développement économique, la paix, la connaissance et les sciences. « Libérons nos mères, nos épouses, nos filles, pour que naissent des générations d’hommes libres ! » c’est ce que proclamait Ramza en 1961. Les femmes arabes ont durant cette période participé à la reconquête de l’indépendance de leur pays puis à l’édification d’une société nouvelle. Des égyptiennes aux marocaines, des princesses filles de Mohamed V aux moujahidates algériennes, des tunisiennes aux libanaises, des soudanaises aux irakiennes, les femmes musulmanes arabes avaient largement milité et gagné leur place dans la société : avocates ou ouvrières, médecins ou paysannes, ingénieurs ou employées de bureau, chefs d’entreprise ou infirmières, professeurs ou syndicalistes, universitaires ou agent de police, ministres ou femme au foyer par choix.
Au grand dam des tenants de la tradition et du dogme ! Les docteurs de la loi religieux ont profité de la déliquescence des pouvoirs politiques en place, de leur état de corruption avancée et du dévoiement de leur objectif devenu uniquement sécuritaire destiné à préserver des « dynasties républicaines » ! Ils ont donc resserré l’étau sur les sociétés, les enfants, les moeurs et les femmes au nom d’un retour salutaire vers les fondements de l’islam. Ils ont donc repris peu à peu le contrôle des pays arabo – musulmans, avec comme objectif principal mettre au pas leur principal ennemi : la femme.
Pour finir avec ce tour d’horizon du féminisme vu d’un point de vue de l’islam, je me dois de citer Khadija MOUDNIB qui affirme avec aplomb que : « Les femmes voilées ont aussi envie de vivre avec leur temps, de profiter pleinement de tous les acquis de la société, qui est la leur et pour lesquels se sont battu hier celles qui les “combattent” aujourd’hui. Elles vivent un féminisme différent, car le féminisme n’est pas un ! »
Il faut par ailleurs relever que même certaines femmes musulmanes semblent se complaire dans la situation d’infériorité sinon asservissement dans laquelle les placent les hommes. Ainsi peut-on voir une militante féministe islamiste dénoncer « le reproche récurrent attribué aux sociétés musulmanes de ne pas faire suffisamment de place à la femme ».
Si les femmes elles-mêmes ne décident pas de se libérer du carcan que la société et la religion veulent lui imposer, le féminisme dans les pays musulmans restera un moyen de manipulation aux mains des plus radicaux dont le but est parvenir au pouvoir politique qui leur a jusqu’à maintenant échappé.
Heureusement que quelques unes d’entre elles y travaillent avec beaucoup de conviction et d’acharnement : je renvoie à la lecture d’un article très intéressant du quotidien marocain « Libération » du 26 octobre 2006 qui rappelle l’ensemble de ces actions.

Malheureusement votre article est rempli de faussetés par manque de rigueur et de connaissance du sujet. Vous mélangez le féminisme (et les féministes) musulman, islamique et islamiste en nous présentant un portrait simpliste et maniquéen de la réalité.
Je vous conseille vivement la lecture des féministes islamiques qui revendiquent l’égalité de genre (gender) dans l’islam, telles que Amina Wadud, Asma Barlas, Riffat Hassan, Ziba Mir Husseini, Kecia Ali, et tant d’autres… Tariq Ramadan ne représente certainement pas la position des féministes islamiques. On est aux antipodes!
Bonne lecture!