B.H.L. et compagnie devraient y penser!
Nos penseurs aussi d’ailleurs!
Dans un de mes récents posts, je m’en suis pris au trio de philosophes français et à leur tendance hystérique à soutenir Bush et Israël et ce contre vents et marées, contre le bon sens , contre le droit.
J’avais cité d’autres philosophes français, ceux qui ont compté, mais j’avais oublié LE PHILOSPHE qui a marqué la première moitié du dernier siècle. Celui-là n’était pas français.
Je veux parler de Bertrand RUSSEL. Penseur lumineux, militant antimilitariste convaincu, humaniste et défenseur de la liberté, Bertrand Russel a payé de sa personne ses engagements. Prix Nobel, il s’est toujours déclaré partisan d’un scepticisme modéré, mais néanmoins ennemi de la religion et des idéologies politiques.
Et c’est cet homme, avec l’appui de Jean-Paul Sartre et de quelques autres intellectuels européens crée le célèbre « Tribunal Russell ». Ce tribunal dénonça notamment les activités de guerre américaines au Viêtnam.
Dans ses « Problèmes de philosophie », Bertrand Russel affirmait que «la valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. »
Malgré toute l’aura qui l’entourait, il a résumé dans cette phrase toute la modestie intellectuelle qui doit prévaloir dans la démarche d’un philosophe. Nous sommes loin des affirmations péremptoires des nos trois « mousquetaires » devant les cameras et les micros, à propos de tout de rien surtout.
Chacun des trois philosophes français que j’ai cité, de par son fanatisme pour la cause juive et de par sa paranoïa face au danger palestinien, est plus proche de « monsieur tout le monde » que du philosophe. Il semble « traverser l’existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et des convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison ». Ce qui me ferait dire avec Bertrand Russel, que raisonnant ainsi, ils donnent l’impression très marquée de « n’avoir aucune teinture de philosophie ».
Peut-on dès lors admettre d’un philosophe qu’il voit le monde comme étant quelque chose de « défini, fini, évident », le partageant en deux blocs bien distincts, les bons, les justes d’un côté, les méchants, les agresseurs d’un autre ! Un philosophe qui érige le manichéisme en façon de voir le monde ne peut se prévaloir de qualificatif de un philosophe.
Je conseillerai vivement à BHL et à ses amis, s’ils ont le temps entre deux émissions de télévision, de méditer un peu sur ce qu’a écrit leur illustre prédécesseur, qui lui était un vrai philosophe :
« La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d’une réalité possible et différente; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute libérateur et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau.»
Peut-être alors il leur viendrait à l’idée de créer un tribunal d’intellectuels qui jugeraient les faits et gestes de Georges W. Bush depuis qu’il s’est mis (ou qu’on lui a mis en tête) de remodeler le monde.
Peut-être qu’il leur viendrait à l’idée de créer un autre tribunal pour juger les faits et gestes des dirigeants israéliens qui reproduisent exactement sur le peuple palestinien les exactions dont leurs parents ont été victimes, sous d’autres cieux, du fait d’autres peuples dont ils se sentent si proches actuellement.
Et dans la même logique, il serait aussi utile, et même urgent, que des intellectuels arabes et musulmans sortent de leur silence, qu’ils créent aussi un tribunal ou ne serait-ce qu’une tribune pour dénoncer les inepties qui se disent au nom de l’islam et surtout les atrocités qui se commentent au nom de cette religion !
N.B. : Les citations de Bertrand Russel sont tirées de son ouvrage « Problèmes de philosophie » – 1912 – considéré comme l’une des meilleures introductions à cette matière, qui a éveillé la conscience de générations entières de citoyens du monde.

Cher Monsieur, je viens de lire votre article à la suite de ma découverte du Tribunal Russel-Sartre sur la guerre du Vietnam.
Je suis entièrement d’accord avec vous : voici des années que je prie le ciel pour que les musulmans modérés (ce ne serait pas une forme de pléonasme, par hasard ?) se prononcent en masse contre les abus islamistes qui entraînent encore plus de méfiance et d’agressivité auprès de peuples dont la culture se limite – hélas – aux gros titres et aux images “proposés” par les media actuels.
Je me sens particulièrement concernée (dans le sens anglo-saxon du terme) par le tandem Washington-Jérusalem, tant dans ses visées bellicistes sur l’Iran que par les réactions disproportionnées d’Israël face au drame palestinien sous la sacro-sainte bénédiction de la Shoah et de l’AIPAC. Ne devraient-ils pas savoir, eux mieux que personne, à quel point c’est pénible de devoir fuir devant tout ce qui bouge et de n’avoir aucun endroit bien à soi où l’on puisse vivre décemment et en toute sécurité ?
Bertrand Russel trouvait les religions ( et Dieu ?) sadiques. Pas étonnant finalement pour un adolescent suicidaire qui a vécu…jusqu’à 98 ans !
Amitiés,
Claire Sauvage Farez
Spa, Liège, Belgique
A single flower does not make a spring