Du patriarche au jeune en jean-basket en passant par le cadre dymanique….
Choisir un échantillon d’hommes marocains, qui soit assez large et assez représentatif ! Je croyais l’exercice difficile ! En fait, non ! Il suffit de regarder autour de soi !
Et là s’offre à notre observation une pléthore de modèles qui vont du grand-père respectable au jeune homme avec jean et baskets, en passant par le fonctionnaire consciencieux au le jeune cadre BCBG, en faisant un crochet par le retraité…
Ainsi, parmi les marocains, il faut bien reconnaître qu’il se trouve encore un certain nombre de « patriarches », représentants d’une autre époque, gardiens de la tradition, de l’histoire et de la continuité. Certains, tel Hadj Mohamed Ben Moussa immortalisé par Bachir Skrired dans le film « A la recherche du mari de ma femme », perpétuent même la tradition jusqu’à entretenir trois ou quatre épouses !
Mais l’extraordinaire chez les marocains, chez que nous trouverons, dans la génération plus jeune, des hommes modernes, ouverts à la civilisation occidentale, ayant fait des études très poussées dans une université étrangère, mariés peut-être à une européenne ou plus sûrement à une compatriote qui dans sa jeunesse ressemblait plus à une Nicole qu’à une Lalla Fakhita .
Plus extraordinaire encore, le jeune garçon de la famille, portant jean et baskets, féru d’informatique et de jeux vidéo – a toutes les chances de basculer dans le giron d’un groupe extrémiste pour peu que son père, trop occupé à ses affaires, ne lui accorde pas l’attention nécessaire. Le jeune garçon fréquente une petite copine de l’âge sa sœur, mais il serait capable de tuer sa sœur s’il voyait un garçon lui tourner autour !
Dans notre panel de marocains, nous pouvons croiser quelques spécimens très macho, entièrement tournés vers leur ego, très pointilleux quant à leurs prérogatives d’hommes, ne cédant jamais un pouce de leur position dominante. Du moins c’est l’image qu’ils donnent, ou qu’ils croient donner, car seul Dieu connaît la vérité interne des couples.
Quelques personnages atypiques, parfois même absolument hors normes, peuvent se glisser dans le groupe. Des hommes qui, bien avant la « moudawana », avaient déjà reconnu à leurs épouses des droits que les féministes elles-mêmes n’ont pas osé réclamer. Des époux qui ont depuis des lustres confié à leurs épouses le soin de mener à bien le budget familial, des époux qui ignorent complètement ce que gagnent leurs conjointes. L’essentiel est que la cellule familiale ne manque de rien, que les enfants soient encadrés, éduqués, choyés et que le bonheur et l’entente règnent.
J’ai même repéré un barbu, pur et dur, mais très sympathique au demeurant, dont le fils est un joyeux luron, très bon vivant !
Quelques jeunes apparemment très modernes, jeunes cadres dynamiques, costumés et cravatés, sont en fait plus machos que le plus macho des anciens. Mais en fait, ce sont les épouses – ou les mères – qui font tout à la maison. Les pauvres garçons consacrent trop de temps à leur travail, leur carrière, leur voiture, leurs matchs de foot-ball à la télévision bien sûr.
J’ai remarqué – mais je peux me tromper – que ce sont les papas les moins machos qui produisent les fils les plus machos. L’atavisme plus que l’éducation semble jouer dans ces cas.
De mon balcon, j’ai souvent l’occasion d’admirer l’habilité d’un de mes compatriotes à étendre le linge au soleil, sa ponctualité à sortir sa poubelle, son ardeur à nettoyer à grande eau sa terrasse. Il me rappelle certains de mes amis qui excellent dans les préparations culinaires les plus compliquées : l’un réussit des « hariras » mémorables, un autre a fait du pageot au four sa spécialité. Un autre, homme autoritaire, refuse que quelqu’un autre que lui-même prenne en charge le repassage de ses chemises. Le dernier enfin ne peut regarder les informations avec l’attention voulue que si le panier à linge est à porter de main : plier le linge le détend !
Je dois signaler pourtant une catégorie de mes compatriotes dont je j’ai jamais compris ni le comportement ni la démarche ni les motivations : ceux qui passent des heures entières au café, devant un « nouss-nouss » froid depuis un certain temps, seuls, les yeux dans le vague, n’accordant leur attention ni à un quelconque journal ni à une grille de mots croisés, ni même au monde qui défile sur le trottoirs. Non, ils sont là, je crois juste pour ne pas être ailleurs.
Tous ces « modèles » peuvent être repris sous différents angles et je suis convaincu que le résultat serait surprenant.
En politique, par exemple, tel jeune homme travaillant pour une multinationale, passant 14 heures par jour face à son ordinateur pour se payer le dernier modèle de voiture, se déclarerait être de la gauche la plus radicale !
Tel autre, informaticien surdoué, arbore une élégante barbe bien taillée qui atteste de son intérêt plus que certain pour le look et surtout pour les thèses de Saad Allah El Othmani.
Tel patriarche, jadis membre actif du Parti de l’Istiqlal le plus traditionnel, reste à son âge militant actif et inattendu d’une USFP en quête de sang neuf.
Mais la plupart de mes compatriotes sont surtout de grands râleurs devant l’Eternel, râlant contre le gouvernement, les partis, la télévision, les journaux, les fonctionnaires, la circulation, la vie chère ! Et quand ils ont fini de râler contre tout cela, ils recommencent à râler contre les femmes !
