A la découverte d’un autre Tanger (suite n°1)
Une autre histoire de Tanger
Quand on parle d’une ville, n’importe quelle ville, il existe des repères incontournables, des points d’ancrage qui servent à la situer, des critères objectifs permettant des comparaisons…
Une ville, c’est d’abord une histoire, attestée, vérifiée,
Quand on consulte un ouvrage ou un site concernant Tanger, l’histoire la cité semble remonter à celle de l’homme.
Pourtant, la période préhistorique de toute la région demeure mal connue et on ne relève d’ailleurs, dans les environs immédiats de Tanger, aucune trace de vie que l’on pourrait qualifier de antéhistorique.
Par contre, la mythologie gréco-romaine se trouve abondamment mêlée à l’histoire du site, dont la topologie à de quoi faire rêver. D’Antée, enterré sur les flancs de la colline du Charf, à Hercule, dont les colonnes ont marqué le début ou la fin du monde connu de l’époque, la mythologie tangéroise se vante d’avoir accueilli Calypso, qui semblait plutôt régner du côté de Sebta.
Les phéniciens, plus pragmatiques, ont laissé les traces attestées de leur présence : des tombes de l’époque sont encore visibles sur la falaise du Marshan, même si elles sont dans un état d’abandon regrettable.
Tingis comme le reste de la Mauritanie tingitane, semble avoir eu une part assez active dans les luttes intestines romaines. Mais il faut reconnaître que les traces de la présence romaine sont bien plus réelles à Luxor et à Volubilus qu’à Tanger même.
L’histoire de Tanger a commencé à s’écrire de façon durable avec l’arrivée des Arabes. Ceux-ci avaient pourtant préféré, pour des raisons évidentes de géographie, comme tête de pont pour le conquête de l’Espagne la ville de Sebta, dont l’influence s’était étendue, plus tard, vers le sud jusqu’à Fez et Marrakech.
Dans la foulée de la Reconquista entreprise par les rois catholiques ibériques, Tanger a subi l’occupation portugaise puis espagnole puis à nouveau portugaise, entre 1492 et 1662, avant de passer sous le joug des anglais jusqu’en 1684. La ville étant à chaque invasion saccagée, il ne reste de cette époque que quelques murailles, que quelques portes, dont personne ne semble se soucier.
De nombreuses tentatives de reconquête ont été lancées durant cette longue période avant que la ville ne revienne sous le giron de l’empire chérifien sous le règne de Moulay Ismaël. Et sous la férule du Pacha Er-Riffi, Tanger a commencé à exister comme cité vraiment marocaine.
Vers la fin du XVIIIème siècle, Tanger, du fait de sa position géographique, devint de facto la capitale diplomatique de l’empire chérifien. Les légations hollandaise, américaine, française vinrent s’y installer.
Après les conférences de Berlin de 1898 et d’Algerisas en 1906, les européens ont décidé de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’empire chérifien. Tanger a dû alors céder à Fez sa place de capitale diplomatique.
Il faudra attendre 1923 pour que cette ville retrouve son statut de ville ouverte vers l’étranger qui a fini par devenir un cas d’école.
Par le traité du 23 décembre de cette année, Tanger devient la première et la seule ville dans l’histoire administrée simultanément par plusieurs puissances étrangères : Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Hollande, États-Unis, Portugal, Union Soviétique, France, et plus tard Italie. Les tangérois et les amoureux de Tanger en tirent un sentiment de vanité que je n’ai jamais partagé. En fait, ce statut a conféré à la ville un caractère interlope qu’elle arbore encore dans une incompréhensible gloriole.
Pourtant, cette situation trouble a permis à Tanger de devenir, après la seconde guerre mondiale, simultanément la plaque tournante d’une parte du grand banditisme international et d’autre part du nationalisme marocain et maghrébin.
A coté de la présence dans ses murs des plus grands trafiquants de cigarettes blondes, des plus grands pourvoyeurs de maisons peu recommandables, il faut rappeler que c’est dans cette ville que Mohamed ben Youssef avait lancé le premier appel à l’indépendance du Maroc dans son fameux discours prononcé le 9 avril 1947 dans les jardins de la Mandoubya. C’est par cette ville que les armées de libération marocaine et algérienne ont été approvisionnées en armes et munitions. C’est dans cette ville qu’ont trouvé refuge les grands noms de la lutte pour l’indépendance. De Allal Fassi à Habib Bourguiba en passant par les leaders algériens.
Et en 1956 Tanger a repris sa place normale dans le royaume indépendant et elle a suivi son destin de ville marocaine à part entière, avec ses heurs et malheurs.
