A la découverte d’une autre Tanger (suite n° 2)
Les populations de Tanger
La population de Tanger
Quand on veut se renseigner sur la composition de la population Tanger et son évolution, il est plus facile de trouver des références concernant les familles juives par exemple que la répression sanguinaire des Rois catholiques a chassés d’Espagne, ou sur les riches anglaises installées sur les flancs de la Montagne qui domine la baie à la recherche d’un calme qu’elles ne trouvaient plus sur la Riviera italienne, ou sur certains noms sulfureux du monde glauque et trouble qui a dominé cette ville.
Mais quid des familles de souche marocaine ?
Un rapide examen des noms des familles tangéroises actuelles les plus représentatives aboutit à un triple constat : la quasi disparition des noms à consonance typiquement tangéroise, la rareté des noms à consonance arabe et liés à d’autres villes, régions ou filiations spirituelles marocaines et la prolifération des noms à consonance ou d’origine berbère, notamment rifaine
Qu’est-ce à dire ?
Rien d’autre que les vieilles familles tangéroises se sont dissoutes par la force de l’histoire dans le nouveau tissu social de la ville.
Les vieilles familles tangéroises ne pouvaient se prévaloir ni de fortunes traditionnelles, tel qu’un patrimoine foncier urbain ou rural, de négoces florissants et lucratifs ni de charges administratives « makhzaniennes » sources de pouvoir ou d’influence comme d’autres villes marocaines à l’instar de Fez, Marrakech, Salé ou plus près Tétouan. Tout au plus certains « noms » pouvaient-ils se prévaloir de la protection de telle ou telle légation étrangère dans le cadre du régime des capitations. Donc rien qui puisse être mis au crédit d’une grande histoire de la ville.
Les tangérois qui comptent actuellement ne peuvent prétendre inscrire leur « tangéroisité » dans l’histoire de la ville qu’à partir de la seconde moitié du XXème, rarement plus loin dans le temps.
Alors comment peut-on parler d’un Tanger qui aurait été « mythique » alors que la réalité est bien plus terre-àterre ?
Ou alors, il s’agirait d’un Tanger qui est totalement étranger au Tanger marocain, un Tanger qui a existé en marge du vrai Tanger, un Tanger qui évoluerait entre l’hôtel El-Minzah et l’hôtel Villa-de-France avant de continuer son existence irréelle dans les somptueuses demeures de la Montagne, où des vieux anglais passaient quelques semaines par an à l’ombre des pins, pour poursuivre sa mythique destinée dans les vieilles demeures de la médina achetées à vil prix par tel ou tel nom de la jet-set internationale et restaurées dans la pure tradition imaginaire des mille et mille nuit.
Et pour agrémenter le tout, il était de bon ton d’y inviter quelques artistes paumés dans des soirées où l’alcool coulait à profusion. C’est ainsi que ce Tanger a vu défiler dans ses salons les noms qui ont participé à la création du mythe de Tanger.
Voilà à titre d’exemple, la description d ’une de ces fameuses réceptions reprise dans une enquête du magazine Tel Qiel dans son numéro 187 : « Les bals masqués du duc de Thovar étaient particulièrement prisés par tout ce que comptait Tanger comme acteurs, artistes, écrivains peintres et autres diplomates. L’endroit était merveilleux. On se serait cru à Hawaï, dans ces montagnes couvertes d’arbres qui laissent à peine filtrer la lumière ». Les nationaux devaient bien peu nombreux dans ce genre de petites fêtes.
Oui, en effet, si mythe il y a, c’est bien celui-là : le mythe d’une ville parallèle qui a vécu une vie autre que celle des vrais habitants de Tanger, une ville où les seuls tangérois à être acceptés étaient le serveurs, les maîtres d’hôtels, les cuisiniers, les chauffeurs, les concierges, les gardiens, bref le personnel de maison….
Oui en effet, pour cette population laborieuse ce Tanger-là était un mythe, un mythe inaccessible, mais un mythe dont elle n’aurait tiré jamais dû tirer la moindre fierté.
Le brassage des populations, des nationalités, des religions, des cultures a aussi été outrageusement exploité pour justifier ce mythe tangérois.
La population tangéroise, du temps de sa « splendeur internationale », a toujours été atomisée soit en strates superposées dont la hiérarchie très nette était basée sur la fortune, et la fortune appartenait aux étrangers, soit en mosaïque de petites communautés appartenant au même niveau social mais vivant chacune dans son quartier, pratiquant sa langue, célébrant ses fêtes, entretenant sa culture et adorant son dieu.
Si le souvenir d’un Tanger cosmopolite peut être ressassé, le mythe d’une ville oecuménique rt tolérante relève dans une grande part de l’imaginaire de ceux qui regrettent le Tanger d’antan.

Le seul livre que j’ai lu sur Tanger est “Au Grand Socco” de Kessel. Un petit mendiant vient sur le marché raconter les “histoires vues” dans toutes les couches de la société, riches anglais, bandits, artisans….