“TAZMAMORT” : un livre acheté en février 2009 et enfin lu en octobre 2017

“TAZMAMAORT, dix-huit ans dans le bagne de Hassan II” de Aziz BINE BINE paru chez DENOËL en janvier 2009 était sur les étagères du Salon du Livre de Casablanca quelques semaines plus tard : j’ai acheté le livre mais pour je ne sais quelle raison je ne l’ai pas ouvert!

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Ou peut-être avais-je été dégoûté par l’opération ridicule, et criminelle à mes yeux, de récupération qu’avait entreprise Tahar BENJELLOUN en s’appropriant le récit de Aziz Binebine pour en faire un énième “ouvrage” intitulé – admirons au passage l’oxymore – : ” Cette aveuglante absence de lumière ” paru aux Editions du Seuil.

Ou est-ce le sous-titre accrocheur à souhait qui m’en avait dissuadé : “dix-ans dans le bagne de Hassan II” ?

Toujours est-il que le livre est resté fermé, classé dans ma bibliothèque, alors que, par ailleurs, j’ai eu l’occasion de m’intéresser de près à ce qu’on appelait à l’époque la “littérature carcérale”.

Puis, il y a quelques jours, un petit livre, avec une couverture blanche comme un linceul, paru chez LE FENNEC-Poche en octobre 2015, intitulé “TAZMAMORT, récit de vie” et signé Aziz BINEBINE.

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J’avais complètement oublié que j’avais acquis la première édition et c’est CitoyenneHmidette, qui partage mes lectures bien entendu qui me l’a rappelé!

C’est ainsi que j’au pu enfin lire l’ouvrage de Aziz BENBINE, peut-ête en ayant à l’esprit LE FOU DU ROI, le livre de son frère Mahi BINBINE.

Mais revenons à TAZMAMORT : je zappe le sous-titre que l’autyeur (ou l’éiditeur) a changé d’une édition à l’aute.

TAZMAMORT : ce titre – résultat d’un jeu de mots macabre et terriblement efficace – résume l’ouvrage qui, en plus de décrire les conditions abominables vécues par les prisonniers du bagne de Tazmamart, est une longue litanie des morts qui ont égrené, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, les dix-ans années qu’a duré le sinistre voyage de ces jeunes militaires, désignés par le destin comme mutins, condamnés par la justice et jetés aux oubliettes par le régime.

En effet, Aziz BINEBINE a voulu évidemment dans ce livre parler de lui-même, de ses souffrances, physiques et morales, de sa lutte pour survivre, mais aussi et surtout évoquer ses compagnons de malheur, dont certains n’ont pas pu résister à la machine infernale qui a été inventée pour en faire des morts-vivants et qui ont fini par rejoindre le monde des morts, se libérant ainsi de la douleur, de la folie.

De la mort de Benchemsi, première victime expiratoire de Tazmamart, (page 67 et suivantes) à celle de Bendourou, dernier soldat tombé au champ d’horreur (page 218), les morts marquent les pages de ce témoignage du sceau de la folie, la bestialité des gardes, de la dignité des survivants : je ne citerai pas tous, mais tous méritent notre humble souvenir (pages 72, 78, 86, 89;101, 103, 106, 107, 116, 136,138, 145, 165, 178, 203, 206, 209)

Ainsi au fil des pages, nous assisterons, nous participerons devrais-je dire à la mort de trente-cinq des ces “oubliés” de l’histoire et de la justice, dans des conditions plus terribles les unes que les autres!

Aziz BINEBINE a attendu deux décennies pour écrire son livre : libéré de l’enfer de Tazmamart en 1991, il ne publiera TAZMAMORT qu’en 2009.

Pourtant le temps n’a rien effacé de ses souvenirs, de l’acuité de ses observations, de la justesse de ses ressentis : il évoque chaque moment de son calvaire sobrement, sans haine pour personne et il rappelle la disparition de ses compagnons d’infortune comme autant de moments de déchirement personnels.

TAZMAMORT n’est pas une oeuvre littéraire (Binebine a laissé le soin à Tahar Benjelloun et à ses équipes de faire de ces 18 ans de malheurs un roman dans lequel “il mêle à son tragique récit des éléments de poésie et d’humour”).

Aziz BINEBINE se contente de témoigner et son témoignage est encore terriblement efficace, même quand on le lit en 2017.