Il est assez paradoxal qu’un ouvrage « technique » puisse toucher le lecteur d’un point de personnel.

Pourtant, c’est le cas avec « DIALOGUE EN MEDINA » de Naïma LAHBIL TAGEMOUATI paru chez les Editions Le Fennec en 2001.

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D’abord, le livre en tant que tel !

L’auteur y aborde la sauvegarde de la médina de FEZ, déclarée patrimoine universel par l’UNESCO, en présentant tous les aspects techniques de cette opération.

Problématique très intéressante, qui peut interpeller aussi bien le spécialiste que le simple citoyen.

L’approche est pédagogique dans la mesure où des problèmes fort complexes sont présentés de manière claire : comme par exemple la détérioration physique de la médina, la pauvreté absolue et relative, les mouvements de population, etc.

L’ouvrage s’articule autour de deux axes : d’une part, la médina, sa valeur, ses pauvres et ses artisans et d’autre par le récit des différentes tentatives de sauvegarder cette médina, notamment par les instances internationales.

Fourmillant de renseignements, de chiffres, de notes et de références, cet ouvrage est indispensable à qui s’intéresse, de près ou de loin, au patrimoine historique de notre pays !

Ensuite ce que m’a pas touché à titre personnel !

Ce qui m’a interpellé, à titre personnel, c’est la « technique » utilisée pour la rédaction de cet ouvrage.

Une construction à quatre mains ou à deux voix, à travers un dialogue entre une mère – l’auteur en l’occurrence – et sa fille, vivant à l’étranger.

Ce dialogue, voulu par la mère et destiné à faciliter la naissance de l’ouvrage, s’ouvre sur des échanges personnels donnant lieu à des passes d’armes parfois violentes, car nées de l’affrontement générationnel.

Certains de ces échanges me rappellent ceux que j’ai eus avec mes propres enfants.

Ainsi cette phrase, dont je vous laisse deviner celle qui l’a prononcée, la mère ou la fille :

« Page 72 : chacun d’entre nous, toi, moi, les autres, sommes libres de définir la pauvreté comme bon nous semble. Mais pourquoi accepter ta définition et refuser la mienne ? Ou l’inverse ? ».

Ou bien cette accusation bien douloureuse, pour celle qui l’assène comme pour celle à qui elle est destinée :

« Page 81 : ce pays n’ira pas loin, tant qu’il dévorera ses enfants ! C’est un comportement de prédateur ! C’est criminel ! Tout le monde ferme les yeux ! ».

Accusation à laquelle la mère répond avec une simplicité déconcertante, en rappelant son mode de vie, qu’elle considère irréprochable :

« Page 81 : payer ses impôts, travailler correctement, ne pas corrompre, ne pas se laisser corrompre, ne recruter que des bonnes majeures… ».

Et ce cruel « dialogue », presque surréaliste, que tant de parents ont eu ou pu avoir avec leur progéniture :

« Page 187 :
- Notre pays, non ! Le quitter maintenant c’est….je ne sais pas comment l’expliquer…c’est…d’une certaine façon, indigne !
- Si demain le Maroc était en guerre, je m’impliquerais, j’aiderais, je ferais le maximum. Mais je ne descendrais pas dans les tranchées. Je revendique le droit de vivre ».

Ou encore cette accusation, à la limite de l’ingratitude sinon de l’inconscience, que l’on retrouve dans la bouche de certains jeunes plutôt bien nantis:

« Page 122 : qu’avez-vous construit en quarante ans d’indépendance ? Qu’avez-vous préparé pour nous ? ».

Et enfin cette phrase désabusée, résumant la culpabilité de toute une génération :

« Page 200 : je me suis barricadée dans mon patriotisme à courte vue, frileux, et inefficace…..Pardon, ma petite fille, de n’avoir rien entendu de ta propre souffrance ! ».

Je vous invite instamment à lire ce livre….

Vous les jeunes, pour en savoir plus sur votre pays !

Vous les moins jeunes, pour vous remettre en question !

Bonne lecture !

10 Comments on AUTOUR DE FEZ : DIALOGUE ou AFFRONTEMENT.

  1. HMIDA says:

    @ AHMED ADDOUKKALI dit LAUTISTE

    Comme promis, je reprends fidèlement le commentaire que n’as pas pu mettre en ligne .

    “Ce sont ces deux extraits qui sonnent comme des sentences que je voudrais commenter:

    1)« Page 81 : ce pays n’ira pas loin, tant qu’il dévorera ses enfants ! C’est un comportement de prédateur ! C’est criminel ! Tout le monde ferme les yeux ! ».

    2)« Page 187 :

    - Notre pays, non ! Le quitter maintenant c’est….je ne sais pas comment l’expliquer…c’est…d’une certaine façon, indigne !
    - Si demain le Maroc était en guerre, je m’impliquerais, j’aiderais, je ferais le maximum. Mais je ne descendrais pas dans les tranchées. Je revendique le droit de vivre ».

    1)—pour la première sentence, je me demande si ce ne sont pas les enfants qui sont en train de dévorer leur pays, sous de multiples prétextes plus ou moins valables, d’autant plus que souvent la proie se transforme assez facilement en prédateur dès qu’elle en a l’opportunité,
    de même que de nombreux prédateurs sont devenus des proies de nouveaux prédateurs…

    en outre qu’entend-on par “tout le monde ” ferme les yeux ???
    “tout le monde” c’est tout dire pour ne rien dire…
    en effet à quoi cela sert-il de fermer les yeux si l’on naît aveugle ?,
    mais au Maroc on ne naît pas aveugle, la preuve en est que cette fille tient tête à sa mère et paraît lucide, donc on l’a élévée dans une ambiance, où l’on est capable de critiquer la société dans laquelle l’on vit;

    2)—la deuxième sentence m’a donné la chair de poule,
    en effet, c’est comme dire, je vous donnerais tout ce que vous voulez, du moment que j’ai le malheur d’être marocaine, pourvu que vous cessez de me le rappeler , surtout en temps de guerre,
    or, il y a des moments , il n’y a que le sacrifice de la vie, qui peut sauver la pérennité d’un pays,
    il ne s’agit pas pour un vrai marocain ou marocaine, de donner une sorte de “jizia” pour se débarrasser de leur devoir de défendre leur pays, jusqu’au grand sacrifice en risquant sa vie, si nécessaire.
    supposons que justement “tout le monde” tient le même raisonnement, qui défendra le pays, surtout si l’ennemi est au courant que telle est l’attitude de tous les marocains et marocaines , il n’hésitera pas beaucoup, à passer à l’attaque et à l’agression féroce de leur pays…et personne ne sera épargné…”jizia” ou pas “jizia”…à moins de fuir vers d’autres cieux…et c’est justement indigne…

    telles quelques remarques, juste au vu de ce billet, mais peut-être lorsque j’aurais lu le livre , je nuancerais mes points de vue…

  2. kattab says:

    Je n’ai pas lu le livre mais sur la foi de votre bref resume’, je trouve que son titre ne correspond pas au contexte des problemes sociaux et d’autres … de la ville de Fes.
    En effets ces derniers sont presents et generalises dans chaque coin du pays.

  3. HMIDA says:

    @ kattab

    C’est pour cela que je t’invite à lire ce livre….Mon avis vaut ce qu’il vaut, mais j’aime partager ce que j’ai apprécié….

  4. nadia says:

    alors celle là est très bien. En voulant écrire ce commentaire, je tombe sur l’image du champ anti-spam dont le lien est:

    http://www.citoyenhmida.org/wp.....lect=60056

    le citoyen hmida est alors bon citoyen.

  5. HMIDA says:

    @ Nadia

    Dans tous çà, tu as oublié de poster ton commentaire….Ce qui est le plus important, non?

  6. C’est le troisième bouquin que tu me dois une fois à Rabat ;)
    Quoi que un on me l’a déjà ramené (les noms de familles marocaines), le deuxième (les enfants de la Chaouia) on devra me le ramener bientôt. Ce troisième je compte sur toi :)

  7. HMIDA says:

    @ une marocaine

    Mon rôle de “citoyen” consiste aussi à faire la promotion des bouquins nationaux, sérieux et honnêtes….

    Dont acte, pour ce troisième!

  8. Houcine says:

    «Il n´ira pas loin«, tant qu´il dévore ses enfants!

    Je veux revoir la ville où je n´étais qu´un adolescent préparant mon brevet d´étude secondaire et chaque fin de semaine, je ne manquais point á faire mes promenades en solitaire, le long des ruelles et au grand boulevard, contemplant le mouvement d´une population aux coutumes marquées par l´histoire d´une des plus importantes cités au Maghreb.

    Parmi ses monuments et établissements les plus beaux, les réputés, on ne devrait guère oublier son université Qa3aweyin qui avait formé Gilbert d´Arillac qui va devenir Pape Sylvester II et révolutionner l´ église par sa trouvaille à Fès, la transportant jusqu´à Rom et annoncer au monde entier: Je vous apporte Zéro (0), qui sera la base de la grande révolution philosophique et scientifique! A partir du début du XIème siècle, cette invention vient rythmant la raison définie par les lois mathématiques et l´art géométriques qui ont heureusement libéré l´homme de ses doutes, ses craintes et presque de tous les miracles, jusqu´à prouver sa certitude dans »je pense, j´existe«. Donc, c´est l´Institut Fatima Al Fihriya qui a offert à l´Europe ce qui est devenu le secret de tous les progrès.

    Après le passage du talentueux Pape de Rome, Fès avait formé Ibn Al Maymoune, Ibn Al Khateb, Al Idrissi, Ibn Zohr, Ibn Khaldoune et combien étaient ceux venant d´Orient et d´Andalousie!

    A partir du corps de la Médina, Fès se compose de deux citadelles unifiées par une grande muraille aux 12 portes, jusqu´à la construction de Fès Al Jadid. Cette ville fut un carrefour pour les caravanes entre l´Afrique sud saharienne, la Méditerranée, l´Egypte, Damas, Karbala, 3akaba et la péninsule arabique. Dans son histoire, elle a connu les berbère, les romains, les Vandales et les arabes d´Idriss Ibn Abdallah Al Kamal, prétendant être descendent d´Ali. Les marocains ont leurs raisons pour dire qu´ils sont chi3is et sounnis á la fois. En 818 Fès avait connu l´exode des Omayya cordobais et des 6ayrawanis chassés par les aghlabides qui, ensemble et les andalous, ils avaient apporté leur savoir faire en artisanat et en différents arts. Après la chute de Masmoda et de Lamtouna, en 1269 les Znathas ont formé leur Sultanat, faisant de Fès leur capitale. Parmi leurs œuvres, Fas Al Jadid, Masjid Al 7amra, Al Madrassa Al Bou3naniya, Dar Al Makhzen, Sahrij Al Madrassa, Al 3attarine, toutes édifiées sous Abou 3inane Al Marini. En 1529, cette dynastie rifaine a été remplacée par les Saadis. Les conflits entre les fils d´Ahmed Al Mansour bien établis à Marrakech, ils ont condamné Fès à l´anarchie et aux rebellions. Il fallait attendre 1666 pour que les 3alaouites de Tafilalt avancent sous Rachid et voir la loi rétablie et relativement appliquée. En 1727, sous Sultan Ismaël, Fès n´est plus un centre administratif. C´est Meknès qui va voir naitre son Versailles rivalisant celui de Louis XIV, construit par les débris des palais saadis. En 1757, de nouveau sous Mohammed Ibn Abdallah, Fès est devenue la capitale de tous les marocains.

    Parmi les personnages les plus réputés nés dans cette ville qui donne sur le moyen Atlas et le Rif, on ne devrait citer que Docteur Faraj qui avait été le premier psychiatre qui tenta soigner ses patients par la bonne musique, les excellents écrivains Taher ben Jalloune et Fatima Al Marnissi, sans oublier Salma – la brillante étudiante devenue reine à Rabat -.

    Cette histoire de Fès qui a passionné l´auteur pour parler des conflits de générations, jusqu´à voir une fille responsabilisant sa mère et les années écoulées, ne jugeant que ce demi siècle passé, le Maroc de puis Jobba I, il n´a connu que des batailles internes et externes. Sultan Ismaël, ses pirates opérant au Canal de la Manche, il avait averti son homologue anglais, lui indiquant que l´Océans appartient à vous, mais ce continent est à nous! Pour se venger des anglais, le Maroc a été le premier à reconnaitre Thomas Jefferson et George Washington.

    Houcine / Austria

  9. 3az3ouza says:

    Outre les aspects techniques du livre, tu m’as donné l’envie, de par ton avis personnel à le lire.
    Je pense néanmoins que de tels affrontement entre générations au sujet de la citoyenneté se doit être dans une oeuvre à part.
    Je partage l’avis de LAUTISTE. On est face à de l’agressivité et à de l’agression de part et d’autre, et il faut vraiment donner à la chose un temps de réflexion digne de la criticité du sujet discuté.

  10. mal says:

    “Certains de ces échanges me rappellent ceux que j’ai eus avec mes propres enfants.”

    Ah, bon!