Mais sera-t-il “the right man inthe right place”?
A peine débarqué de son double fauteuil de leader de son parti et de premier ministre de son pays, Tony Blair est nommé émissaire du quartet au Moyen Orient! Le quartet, formé les Etats-Unis, la Russie, les Nations unies et l’Union européenne, doit vraiment être dans tellement coincé dans ses contradictions qu’il a choisi – parmi toute les personnalités mondiales, parmi tous les experts à travers les chancelleries, parmi les spécialistes les plus qualifiés – celui qui présente toutes les risques de participer à l’enlisement de la situation dans la région. A ce sujet, je pose d’emblée une question d’ordre psychologique? Tony Blair, que ses partisans ont priés gentiment d’aller s’occuper d’autre chose et de laisser les affaires politiques anglaises, est-il en état d’affronter les difficultés de ce dossier. Ses admirateurs prétendront que cela représentera pour lui un challenge, qu’il relèvera comme il l’a déjà fait auparavant! Je veux bien mais, au nom de quoi, peut-on confier à un homme politique en déconfiture un dossier aussi délicat? Les questions concernant cette nomination, pour le moins surprenante, proviennent même d’experts britanniques : «Je doute qu’il puisse être efficace» à ce poste. Il a été si proche de l’administration Bush qu’il n’est pas vu comme impartial», relève Rosemary Hollis, analyste au centre de recherche londonien sur les affaires étrangères Chatham House. «Il n’est pas la personne idéale pour ce poste, parce qu’après dix ans en tant que premier ministre il a un lourd bagage historique avec son engagement en Irak, le Liban et son attitude sur la question israélo-palestinienne», estime aussi Chris Doyle, directeur du Conseil pour la compréhension arabo-britannique. Proche de M. Bush, M. Blair devrait en principe avoir l’oreille de l’administration américaine. Cependant, «jusqu’à présent, son accès au président Bush ne lui a pas permis de contrebalancer d’autres influences», remarque, sceptique, Rosemary Hollis. Même les diplomates anglais restent assez réservés sur le rôle que pourrait jouer Tony Blair. Oliver Miles, ancien ambassadeur britannique en Libye, estime que M. Blair a montré pour l’instant peu de compréhension pour les problèmes palestiniens. Ce diplomate dénonce “la version blairiste simplifiée selon laquelle on peut mettre tous les méchants dans le même sac, que l’on parle d’Al-Qa eda, de l’Iran, du Hamas, du Hezbollah ou des terroristes en Grande-Bretagne”. Le règlement du problème de l’Irlande est mis au crédit de Tony Blair pour justifier sa nomination comme émissaire au Moyen Orient. Mais c’est omettre – ou faire semblant – que ce dossier relève de la politique intérieure de la Grande-Bretagne, qu’il implique un jeu d’influence anglo-irlandais sans implication extérieur! Tony Blair sera-il apte à glisser de son rôle de partie prenante qu’il avait à celui de d’intermédiaire. Et surtout sera-t-il un intermédiaire ou un simple porte-parole de la vérité américaine, comme il l’a été jusqu’ici. N’oublions pas que les journaux anglais eux-mêmes l’ont traité sans concession de “caniche de Bush”! Par ailleurs, Tony Blair a régulièrement insisté tout au long de ses derniers mois sur l’importance du règlement du conflit israélo-palestinien, estimant urgents des progrès dans ce dossier. Mais ses préoccupations à ce sujet n’étaient motivées par la situation sur le terrain mais bien plus par “l’importance stratégique immense pour l’Europe” que ce problème représente et par “les menaces contre sa sécurité portées par l’extrémisme”. Bizarre raisonnement pour un homme politique dont le pays a entretenu, protégé, couvert et couvé ces extrémistes dont il dénonce le danger. Mais ce chrétien fervent – catholique “clandestin” depuis des années – considère aussi sa contribution à la paix au Moyen-Orient comme une mission personnelle, estiment les analystes. Ce point de vue nous rappelle la tristement célèbre mission divine dont aurait été investi George Buch, autre fervent croyant, la manière désastreuse dont elle a été menée ainsi que les résultats catastrophiques auquels elle a abouti. En tout cas, avec Tony Blair, le conflit israélo-palestinien a encore bien du temps devant lui.
