Je voudrais vous parler de ce livre, car il fait partie de ce genre que j’apprécie, ceux que l’on découvre par le plus grand des hasards dans les étagères d’un bouquiniste.
Vous savez ces livres qui sentant bon le papier jauni, ces livres un peu fripés, à force d’avoir été feuilletés, et qui semblent vous inviter à les lire !
Il s’agit de : « LA POESIE ARABE MAGHREBINE D’EXPRESSION POPULAIRE » de Mohamed BELHAFAOUI, paru en 1973, chez la (regrettée) maison d’édition François MASPERO, dans la collection Domaine Maghrébin dirigée à l’époque par Albert MEMMI. C’était un autre temps!
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Ce livre est en effet un petit trésor.
Dans une longue introduction, l’auteur algérien résume son travail universitaire concernant la recension de textes poétiques maghrébins d’expression populaire. Cette partie, très instructive, peut paraître ardue aux non spécialistes.
Mais le véritable intérêt du livre, pour le profane que je suis, réside dans la présentation d’une série de poèmes dans la version arabe accompagnée d’une traduction française, suivie à la fin de l’ouvrage sur des notes biographiques et des explications lexicales fort utiles pour situer les morceaux choisis.
Sur les dix sept textes retenus, une partie est dédiée la gloire d’Allah et de son prophète ou à celle certains saints hommes.
Comme cet hymne au Prophète composé par SIDI AHMED BNE-TTRIKI, chantre de Tlemcen, mort au début du XVIIIème siècle :
عييت انا نبكي و نفعني نواح
طابوا بالدمع اثمادي
لو صبت نزور مقام راحتي نستراح
سّيدنا محمّادي
مولى الكعبة المُشرّفة مليح الملاح
صلّى الله على الهادي
J’ai beau pleurer, mes lamentations ne me servent de rien,
Et mes yeux sont usés par les larmes ;
Si je pouvais visiter le seul séjour qui ferait mon bonheur,
Je retrouverais le repos,
Je veux dire le séjour de Notre Seigneur Mohamed,
Seigneur du noble des temples,
Le meilleur parmi les meilleurs, que Dieu salue notre guide par excellence.
D’autres sont consacrés à des sujets profanes, abordés avec grâce et finesse !
Ainsi le morceau intitulé « Prépare le vin », anonyme qui doit remonter au XVIème siècle, ou peut-être à une période antérieure et qui fait partie du répertoire classique de « musique andalouse » :
دِرْ العَقارْ يا ساقي و آسقيني
و آجلي الغيارْ بالشرب و آحييني
في ذا النهار زارني ضِياء عيني
Le doux nectar …sers le-nous, ami ;
Assez de broyer du noir…redonne-moi la vie
Donne-moi à boire…ainsi qu’à ma bien-aimée
Puisque ce soir vient la lumière de mes yeux.
L’amour courtois trouve naturellement sa place dans cette sélection avec quelques vers de BNA-MMSEYAB, poète tlémcénien du XVIIIème siècle qui s’exila au Maroc:
مال حببي مالُه ؛ كان معايَ كان
مال حببي مالُه ؛ يا ناسي غضبان
مال حببي مالُه ؛ لي مدة نرجا لُه
Ma bien aimée, qu’a-t-elle,
Hier encore elle était là, ma bien aimée.
Alors qu’a-t-elle donc à bouder comme ça ?
Oh, que se passe-t-il donc ? Hier seulement elle m’a quitté,
Et c’est comme une éternité.
Enfin, les légendes, les plus mystiques et les mystérieuses, qui font partie de la mémoire collective du Maghreb, ne sont pas oubliées.
Ainsi en est-il de la légende du faucon et de la colombe, dont la mise en vers est attribuée au grand barde algérien du XIXème siècle HADJ ETTAHAR.
يا سايلني نعيد لك هذي القصّة ؛
ا بين و الحمامة ما ذا صار٠
يوم اليقين جاوا للسّيّد موسَى؛ يناجي ربّنا الوحيد القهار٠
Vous qui voulez savoir, venez écouter cette histoire,
Et tout ce qui est survenu entre le faucon et la colombe.
Ils sont venus vers notre Seigneur Moïse au jour de certitude, alors qu’il allait
S’entretenir avec le dieu unique et tout puissant.
Et pour finir, pourquoi ne pas rappeler la légende du « Serviteur du Feu عبد النار » que YOUSSEF BEN MOHAMED, poète du XIXème siècle originaire de Biskra, dans le désert algérien, nous présente dans un souffle d’une puissance rare :
يا عبد لنار غيشي قلبي محتار؛
يا سلطان الجنون عنّي تتحزّم٠
جيب احمال الجنون و العقد الصرصار؛
و اهل التهييف و المحبة الّي تغرم٠
من شوفةْ عين فاطمة قلبي عادم٠
Ô serviteur du feu ! Viens à mon secours. Mon cœur est dans l’inquiétude.
Sultan des djinns, ceins moi pour ma cause.
Amène les cohortes de des démons, avec leurs innombrables et vaillantes légions,
Ainsi que les belles à la taille svelte, et la bien-aimée qui a inspiré mon amour,
Fatima dont le regard a brisé mon cœur.
P.S. : Je n’ai repris ici que les premiers vers des différents poèmes cités, dont certains se déploient sur plusieurs pages.

Merci pour ce moment de détente agréable
Aid moubarak said a toi et aux tiens se7a w salama w lhenna w matemenna
Aïd moubarak saïd Hmida
[...] This post was mentioned on Twitter by Maroc Blogs, Citoyen Hmida. Citoyen Hmida said: chez citoyenhmida.org: UN PEU DE POESIE POUR CES JOURS DE FETE http://www.citoyenhmida.org/un.....s-de-fete/ [...]
@très cher ami hmida,
Merci pour ta visite à mon blog qui est trop triste pour formuler des voeux,
alors je te présente mes voeux les plus sincères sur ton propre blog, qui a été et qui reste parmi les blogs marocains les plus à même de panser les blessures tout en dénonçant les forfaitures…
encore une fois BONNE FÊTE à toi et à toute ton honorable famille…
@hmida
Merci pour ce beau billet et Aid moubarak said a toi et aux tiens !