“Algérie(s)” , un film documentaire de Thierry Leclère, Maled Bensmail et Patrice Barrat, coproduit par Artcle Z et Canal + en 2002. D’après la jaquette du DVD, il s’agit d’un “film référence sur l’histoire de l’Algérie contemporaine”. C’est à dire en fait depuis les émeutes de 1988, puis du raz de marée islamiste, de la sombre période qui a suivi : violence, repression, represailles. Plus de 100.000 morts, qui au nom de Allah, qui au nom de la loi, qui au nom du banditisme tout simplement. Des images insupportables, des déclarations à vous donner froid dans le dos, tant de la part des chefs islamistes que de la part des chefs militaires. On regarde ce film avec un sentiment d’horreur, de peur, de dégout, mais c’est l’histoire. Il fallait faire ce film, pour que ce qui s’est passé ne s’oublie pas. Mais le plus terrible dans ce film, ce sont quelques images de la campagne du président algérien Abdelaziz Boukhflika, en campagne pour le “oui” pour la “reconciliation nationale”. Voir un chef d’état répondre à une citoyenne avec un mépris, une arrogance, une impolitesse inimaginable : “est-ce que j’ai tes 4.000 disparus dans la poche?” suivi d’un ” “tu crois que je fais le commerce de disparus?” pour finir par un “assieds-toi, tu n’as pas plus de droit ni moins de droit aue les autres!”. Cette dame tout simplement voulait savoir ce qu’est devenu son fils enlevé par les services de sécurité. Même Staline n’aurait pas répondu ainsi à une misérable madrouchka venu se plaindre à lui! Dix ans de guerre civile pour que cela se termine ainsi? Je crois que les algériens morts pour Allah, morts pour la loi, morts pour rien parfois, ne méritent pas d’être effacés ainsi de la mémoire de leurs compatriotes. La concorde et la reconciliation avaient un prix et ce n’est certainement celui-là.